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On sait déjà que le revenu et le niveau de scolarité ont un impact sur les croyances, valeurs et pratiques des parents. Les personnes ayant une situation socio-économique semblable mais venant de pays différents ont souvent davantage de points communs que les personnes d'un même pays ayant une situation socio-économique différente.
Il est difficile d'évaluer l'impact de la situation socio-économique des immigrants sur leurs croyances, valeurs et pratiques d'attachement parce qu'il n'y a pas toujours de correspondance entre leur niveau de scolarité et revenu. Bon nombre des mères interrogées ont fait des études postsecondaires et vivent pourtant sous le seuil de la pauvreté.
Au lieu de la vie meilleure qu'ils entrevoyaient en venant au Canada, les immigrants et réfugiés se retrouvent souvent dans une situation socio-économique beaucoup plus précaire que dans leur pays d'origine, et ce pendant plusieurs années.
« Je suis ici depuis cinq ans. J'aime tout de ce pays, le climat, la culture. Mais nous nous demandons toujours si nous ne devrions pas retourner chez nous. Nous y pensons constamment. Je pense que cela est dû aux obstacles qui se dressent sur notre route. Surtout quand on a une profession dans son pays. Un bon travail et des possibilités intéressantes. Quand on arrive au Canada, on se rend compte qu'il faut repartir à zéro et on se demande ce qu'on fait ici. C'est ce qui est le plus difficile. Lorsque les enfants viennent nous rejoindre et qu'il faut les élever, c'est encore plus dur, car non seulement on doit s'en occuper mais aussi surmonter les difficultés au travail. »
(participante d'Edmonton, Alberta)
Les mères nous ont dit que cela les empêchait de faire ce dont elles avaient envie avec leurs enfants, de leur acheter ce qu'ils veulent, de passer du bon temps avec eux, parce qu'elles n'ont pas assez d'argent, qu'elles doivent travailler de longues heures, chercher un emploi ou suivre des cours de recyclage, de français ou d'anglais.
« Il y a mille choses que je voudrais faire. Mes enfants voient toutes sortes de publicités d'objets que je n'ai pas les moyens de leur offrir. Nous sommes cinq enfants et deux adultes dans ma famille. Même aller au restaurant coûte trop cher. »
(participante de Toronto, Ontario)
« Je n'ai pas les moyens de leur offrir ce qu'ils veulent. Je n'ai pas d'argent pour les divertissements. Bien sûr que cela a des répercussions sur ma relation avec mes enfants! Ils ne sont pas heureux. Ils n'étudient pas et ne veulent pas aller à l'école parce que les autres élèves se moquent de leurs vêtements d'occasion. »
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)
« Mon fils a besoin de moi, mais je n'ai pas assez de temps à lui consacrer. Le manque de temps est un problème pour tous les immigrants. [Je dois trouver] le moyen d'établir une relation solide avec lui malgré le relativement peu de temps que je passe avec lui. »
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)
Lorsque la pauvreté des mères et des familles est telle qu'elles ont de la difficulté à nourrir adéquatement leurs enfants, même les pratiques de base de l'attachement, comme nourrir ses enfants, sont menacées. Les familles n'ont peut-être pas les moyens de préparer les plats favoris de leurs enfants, qui est une façon de leur démontrer leur amour. Les mères essaient d'expliquer leurs difficultés à leurs enfants et de leur témoigner leur amour d'autres façons.
« Nous leur disons que nous les aimons mais n'avons pas les moyens de leur acheter ce qu'ils veulent. Je chante à ma fille, je joue avec elle et je lui parle doucement. Je lui dis " Quand j'aurai appris l'anglais et que j'aurai un travail, je t'achèterai des choses. " Je la prends dans mes bras et je l'embrasse. Je lui dis que je l'aime et que je voudrais lui faire plaisir mais que je n'ai pas l'argent. Je lui demande de me comprendre. »
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)
Un de leurs plus grands regrets est de ne pas pouvoir retourner dans leur pays d'origine pour voir leur famille et permettre à leurs enfants d'établir des relations avec leurs grands-parents, oncles, tantes et cousins. Cette difficulté peut également être liée à leur statut d'immigrant au Canada.
« Toute ma famille vit en Iraq. Ma mère, mon père et mon frère me manquent mais je n'ai pas les moyens d'aller les voir. »
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)
Si bien des mères doivent surmonter des obstacles de type économique, les immigrantes et réfugiées sont dans une situation particulièrement difficile. Leurs compétences et leur expérience ne sont pas reconnues au Canada mais elles n'ont pas les moyens d'étudier pour obtenir un diplôme reconnu, surtout si leur statut d'immigrante ne leur donne pas droit au soutien gouvernemental. Le coût élevé des services de garde d'enfants s'ajoute au coût des études, surtout si leur partenaire a lui aussi besoin de se recycler pour obtenir un emploi.
« Mon mari a fini ses études mais n'a pas de travail. Il a fait des demandes mais n'a pas encore réussi à trouver un emploi. Comme nous n'avons pas de parents proches, nous ne pouvons pas sortir sans les enfants. Les services de garde sont chers et je ne peux pas aller étudier pour perfectionner mes compétences et trouver du travail. »
(participante de Toronto, Ontario)
Outre les difficultés que posent la pauvreté et la discrimination systémique dont ils font l'objet dans la recherche d'un emploi correspondant à leurs compétences, les immigrants ont aussi abordé le racisme et la discrimination moins cachés qu'ils subissent.
« Ici, on est l'objet de racisme au travail parce qu'on ne parle pas la langue très bien ou, encore, on n'a pas l'emploi à cause de son accent. Même lorsqu'on est qualifié, peut-être même plus qu'un autre, on n'a aucune chance si on ne maîtrise pas parfaitement la langue. C'est un autre obstacle auquel on se heurte. »
(participante d'Edmonton, Alberta)
« Au début, j'étais stressée parce que j'avais une fillette de deux ans, que mon mari était aux études et que je devais trouver du travail. En tant qu'immigrante, c'était très dur de me trouver un emploi. Même si j'avais obtenu mon diplôme au Canada et que je parle anglais, on me disait qu'on pouvait entendre mon accent. Dans ce temps-là, je ne connaissais pas bien le système canadien. »
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)
« Les gens ici ne sont pas chaleureux. Et ce qu'on appelle, vous savez, le racisme, eh bien, j'en suis souvent victime. »
(participante de Fredericton, Nouveau-Brunswick)
Le racisme dont les immigrants et réfugiés sont victimes
a aussi un impact sur leurs enfants. Ces derniers peuvent voir leurs parents,
qui sont normalement leurs protecteurs et leurs modèles, démoralisés.
Il est très difficile pour les parents de transmettre à
leurs enfants un sentiment de sécurité et d'estime de soi
quand ils sont eux-mêmes traités comme des citoyens de seconde
classe. De plus, les femmes interrogées ont clairement dit que
leurs enfants étaient victimes de racisme et de discrimination
à l'école et que leurs tentatives et celles de leurs enfants
pour remédier à la situation n'étaient pas prises
au sérieux.
« Mon fils fait l'objet de discrimination à l'école.
L'enseignante ne l'écoute pas. Elle lui dit qu'il s'imagine des
choses, que le racisme n'existe pas ici. Je lui ai dit que ce n'était
pas le cas. Mon fils s'est battu avec un élève qui a fait
des commentaires racistes à son sujet et l'enseignante les a expulsés.
D'autres élèves frappent mon fils et l'intimident. Je fais
du bénévolat à l'école alors je suis témoin
de ce qui se passe. Quand j'en parle à l'enseignante, elle ne fait
rien. Mon fils a peur de lui parler, car elle lui dit " Ne parle
pas à ta mère de ce qui se passe ici. Viens m'en parler
à moi. " Il lui a répondu : " J'en parle à
ma mère parce que vous ne me croyez pas ". L'enseignante me
dit que je devrais le laisser résoudre seul ses problèmes.
Je veux qu'elle écoute mon enfant. »
(participante de Vancouver,
Colombie-Britannique)
Les parents qui ont immigré au Canada à un jeune âge ont parlé du racisme dont ils ont fait l'objet dans leur enfance et du peu de soutien qu'ils ont reçu de leurs propres parents, qui n'avaient probablement jamais eu à faire face à ce problème dans leur jeunesse. Leurs parents ne savaient pas comment les aider à faire face au racisme et, par conséquent, ils n'ont pas appris de stratégies pour soutenir leurs propres enfants.
« Je suis chez moi au Canada mais je me sens encore distante. Nous
étions la deuxième famille d'Amérique latine en Alberta.
Il était dur d'être accepté à l'école.
Il y avait toujours des différences. C'était une question
de race. Je n'ai jamais questionné les gestes de ma mère.
Elle était très ferme avec nous. Je n'étais pas attachée
à la société. J'étais davantage touchée
par ce qu'elle nous disait. Je savais que nous étions différents
d'eux. Mais [il est difficile de ne pas se sentir] accepté. Les
gens ne voient pas vos forces. Ma mère ne parlait pas de ses propres
difficultés à s'intégrer. Je l'aurais aider si elle
m'en avait parlé. Elle nous disait de les ignorer. »
(participante
d'Edmonton, Alberta)
Outre les défis que doivent surmonter les parents et familles nouvellement arrivés en raison de la pauvreté, du racisme et de la discrimination, la non-reconnaissance de leurs pratiques d'attachement efficaces par la société dominante peut compromettre leur capacité à maintenir ces pratiques. À mesure que diminue leur estime de soi, les immigrants et réfugiés peuvent laisser tomber leurs pratiques d'attachement efficaces sans pour autant les remplacer par d'autres pratiques équivalentes. Cela nuit à leurs relations avec leurs enfants ainsi qu'à la formation d'un lien d'attachement sécurisant chez ces derniers. Cette menace est d'autant plus grande chez les enfants qui ont vécu la migration et le réétablissement, et ont davantage besoin de l'attention de leurs parents.
« Les programmes d'éducation parentale ont une approche paternaliste.
Ils veulent nous instruire plutôt que de nous donner des moyens
de se prendre en mains. On nous dit quoi faire sans tenir compte des facteurs
culturels. C'est très destructeur. Les gens finissent par croire
qu'ils n'agissent pas comme il faut et que leurs parents ne les ont pas
bien élevés. Les gens arrivent ici et essaient de s'adapter
en laissant tomber des méthodes éprouvées pour établir
des liens avec leurs enfants. Cela crée un fossé dans la
relation parents-enfants. Si les parents n'arrivent pas à conserver
un système de valeurs au sein de la famille, le fossé se
creuse encore davantage jusqu'à ce que parents et enfants prennent
des chemins différents. De par leur nature, les enfants s'assimilent
pour être acceptés dans la culture dominante. Ils se sentent
différents et essaient de changer les habitudes de leur foyer.
Cela crée des conflits. Personnellement, je trouve cela très
difficile. »
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)
« Les enfants ressentent le stress, quelle que soit la source de stress pour les parents... Même si les sources de stress sont différentes pour les parents, les enfants en subissent les répercussions. »
« Nous ne pouvons pas envoyer les enfants chez des parents lorsque nous sommes stressés. Nos enfants subissent notre stress. »
(participante de Fredericton, Nouveau-Brunswick)
Le processus de migration peut être stressant pour l'enfant, surtout
si ses parents ou fournisseurs de soins sont incapables d'être présents
sur le plan affectif en raison du stress qu'ils subissent eux-mêmes.
Un trop grand stress ou le peu de disponibilité de la figure d'attachement
peut pousser l'enfant à percevoir l'environnement comme dangereux
et à se percevoir lui-même ou les autres comme impuissants
devant ces dangers. Cela peut nuire à sa curiosité exploratoire,
à son sentiment de sécurité, à sa confiance
en sa propre capacité à faire face aux exigences de son
environnement et à sa confiance dans les autres personnes importantes
de sa vie. Cela touche l'enfant dans tous les aspects de son développement.
La violence est le terrible lot de centaines de milliers de femmes de
tous les milieux, au Canada et partout dans le monde. Il n'est donc pas
surprenant que la question de la violence conjugale ait été
soulevée lors des entrevues auprès des femmes, surtout compte
tenu du stress de leur situation de vie. Si d'une culture à l'autre,
les femmes composent de façon différente avec la violence
qui leur est faite, il n'en demeure pas moins que cela est une réalité
malheureusement universelle. La violence à l'endroit des femmes
existe dans toutes les cultures, toutes les classes socio-économiques
et toutes les religions. Toutes les femmes victimes de mauvais traitements
doivent surmonter des obstacles pour quitter un partenaire violent : fatigue
causée par l'humiliation quotidienne, honte, inquiétude
quant à l'avenir de leurs enfants, manque de logement ou de services
de garde à prix abordable, inégalités sur le marché
du travail. D'autres barrières se lèvent aussi pour les
immigrantes, notamment la peur de l'intervention de la police en raison
du racisme qui existe au Canada ou de la persécution vécue
dans leur pays d'origine, la peur de la déportation, la peur de
la réaction de leur communauté et, chez certaines, la croyance
absolue en l'institution du mariage. Les femmes qui nous ont parlé
ont insisté sur la difficulté d'apporter des changements
et s'inquiétaient de l'influence des mauvais traitements sur leur
aptitudes parentales.
« Mon plus vieux se souvient des accès de violence de mon mari. Il a très peur. Il dit qu'il va me protéger. J'étais très inquiète des répercussions sur les enfants, alors j'ai pris part au programme parental COPE. Je savais bien que je ne devais pas élever la voix devant les enfants, mais je le faisais quand même. Le programme m'a aidée. Je m'inquiète parce que j'ai peur que mes enfants manquent d'amour et d'affection. Je veux ce qu'il y a de mieux pour eux. »
(participante de Toronto, Ontario)
La violence à l'endroit des enfants est un sujet lourd d'émotions
et, par conséquent, délicat à aborder. Pourtant,
la plupart des mères et des fournisseurs de service interrogés
ont abordé le sujet, même si aucune question directe ne leur
avait été posée à ce propos. Bon nombre étaient
las des présomptions systémiques racistes et discriminatoires
voulant que la violence soit le lot de toutes les familles d'immigrants
et de réfugiés. Dans de nombreuses familles, les enfants
brandissent la menace d'appeler les autorités si leurs parents
leur disent simplement quoi faire, et les autorités sont davantage
enclines à accepter les accusations de violence parce qu'ils sont
de nouveaux arrivants. Certains ont admis que dans leur culture, discipliner
physiquement les enfants est socialement accepté. Ils comprennent
toutefois que cela n'est pas considéré acceptable au Canada
et veulent apprendre d'autres méthodes de discipline.
Les femmes qui ont dit avoir des problèmes de violence dans leurs
relations adultes ont aussi parlé d'expériences négatives
d'attachement durant leur enfance. Elles ont fait mention de la difficulté
de briser le cycle de la violence qui se perpétue de génération
en génération et du peu de soutien qu'elles ont eu à
cet égard.
Ceci étant dit, il est très important de souligner que les enfants sont un groupe vulnérable qui a besoin d'être protégé. La violence compromet la formation d'un attachement sécurisant durant la petite enfance et a donc des effets à long terme sur la santé mentale des enfants. La violence à l'endroit des enfants n'existe pas que dans les familles d'immigrants et de réfugiés; elle existe dans toutes les cultures et n'est jamais acceptable. Les cas de violence envers les enfants requièrent une intervention, mais pour être efficace, cette intervention doit tenir compte du contexte culturel et de l'expérience de migration de la famille. Les programmes doivent également mettre l'accent sur la prévention de la violence en prenant en considération le contexte de vie complexe des familles immigrantes et réfugiées.
Comme il a été mentionné à maintes reprises dans la présente boîte à outils, les immiigrants et réfugiés doivent souvent relever de nombreux défis sans le soutien de leur famille étendue et de la communauté qui leur est familière. Bon nombre ont laissé derrière eux des membres de leur famille et des amis qui sont restés dans leur pays d'origine ou ont été victimes de la guerre. Les familles et les amis sont souvent disséminés aux quatre coins du monde ou du Canada.
« Seulement ma famille peut m'apporter du soutien. Je me souviens quand j'ai eu ma fille, ma famille, ma sœur, mes amis sont venus... cela m'a beaucoup aidée. Ma soeur, mes amis sont venus... j'étais très heureuse. »
(participante de Halifax, Ontario)
« Dans votre pays d'origine, vous avez votre famille étendue, mais ici, vous êtes seule. Là-bas, les membres de ma famille prenaient soin de nos enfants. Ici, il faut une gardienne et nous n'avons pas d'argent. »
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)
Les familles qui essaient d'établir un nouveau réseau social pour remplacer celui qu'elles ont perdu trouvent que cela est difficile et prend du temps.
« Il est difficile de repartir à neuf. Nous formons uniquement des amitiés avec des gens qui parlent notre langue. Il est important d'avoir des amis. Nous voulons nous faire d'autres amis, mais nous sommes effrayés. Il est difficile pour un adulte de nouer des amitiés au Canada. Au bout de quelques années, on y parvient, mais ce n'est pas comme dans votre pays où vous connaissez vos amis depuis l'enfance. Nous ne nous sentons pas en sécurité ici parce que nous ne connaissons pas les gens depuis longtemps, même ceux qui partagent notre culture ou notre langue. »
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)
Les mères ont dit ne pas connaître les programmes ou services disponibles ou savoir comment y avoir accès. Bon nombre viennent de pays où de tels programmes et services de soutien n'existent pas. D'autres n'en avaient pas besoin dans leur pays, car elles parlaient la langue, connaissaient le système et n'avaient peut-être pas à composer avec la pauvreté ou le chômage.
« Les gens ne savent pas grand chose de la MISA (Metropolitan Immigrant Settlement Association). Je ne savais pas que cette association existait avant qu'une amie me dise " je vais à la MISA ". Je lui ai demandé ce que c'était. Elle m'a répondu qu'elle y suivait des cours d'anglais. Moi, je n'avais pas besoin de cours d'anglais, alors un an s'est écoulé avant que j'y aille. Plus tard, je me suis rendu compte que la MISA pouvait m'aider sur plusieurs plans, pour obtenir un emploi, pour mieux connaître le pays, ses lois et règlements, pour obtenir des ressources et ... pour utiliser mon potentiel. »
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)
Même lorsqu'ils sont au courant des services de soutien disponibles
au Canada, les nouveaux arrivants se sentent souvent mal à l'aise
d'y recourir pour des problèmes « familiaux ».
Le concept de counseling est souvent nouveau pour eux puisque dans leur
pays d'origine, on n'a pas recours à des « étrangers
» pour parler de questions personnelles et obtenir du soutien. Les
femmes peuvent se sentir encore plus mal à l'aise d'avoir recours
à des services pour un problème de violence.
« Chez nous, on ne va pas parler de nos problèmes avec des personnes qui se spécialisent dans ça. On parle à notre famille, à nos amis. »
(participante de Hamilton, Ontario)
Comme dans leur pays d'origine, des membres de la famille ou des amis prenaient habituellement soin de leurs enfants, beaucoup de femmes se sentent mal à l'aise de confier leurs enfants à des étrangers.
« On ne se faisait pas de souci chez nous parce que notre mère, notre soeur ou notre tante s'occupait des enfants. Ici, il faut les laisser à des étrangers et c'est très difficile. »
(participante d'Edmonton, Alberta)
Il est très important de créer des programmes et un milieu englobants pour soutenir et promouvoir des pratiques d'attachement interculturelles efficaces. Voici quelques suggestions concrètes.
Les fournisseurs de services nord-américains se basent sur des modèles de développement de l'enfant valables et acceptés en Occident, mais les parents qui viennent d'autres parties du monde ont eux aussi leurs propres modèles fondés sur une longue tradition. Un échange réciproque entre parents peut être très enrichissant et bénéfique pour les enfants.
Voici des exemples concrets d'activités.
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Des services de garde gratuits peuvent faire la différence entre l'accessibilité et l'inaccessibilité des services. Que les services soient offerts en milieu rural ou urbain, le transport constitue aussi un facteur très important de participation aux programmes. Les nouveaux arrivants qui s'établissent initialement dans les grands centres urbains peuvent être intimidés par le transport en commun. Il est donc important de fournir des cartes claires comportant des directions dans un français ou un anglais de niveau élémentaire. Les cartes produites dans la langue des nouveaux arrivants sont particulièrement utiles. Il en existe parfois sur le marché ou on peut les faire soi-même. Il est aussi utile d'accompagner les nouveaux arrivants, individuellement ou en groupe, sur les circuits de transport en commun pour leur montrer les principaux centres d'intérêt. Les programmes qui tentent de joindre les familles isolées doivent prendre en considération le coût du transport et prévoir l'achat de billets d'autobus ou de métro au moment d'établir le budget. Les visites au domicile permettent d'établir une relation de confiance avec les familles et de mieux les connaître. Enfin, accompagner les parents lors de leur première visite aux autres organismes de services sociaux ou de santé est une autre façon importante de les aider à s'adapter à leur nouveau pays.
« Je suis ici parce que je suis bénévole pour le programme Changing Together. Les gens sont prêts à vous montrer où tout se trouve. Il n'y pas de barrière. Ailleurs, les gens se demandent si je sais ce que je fais. Ici, il y a des gens de partout. »
(participante d'Edmonton, Alberta)
Pour offrir des services sociaux et de santé véritablement accessibles, il est essentiel que le personnel soit représentatif de la communauté qu'il dessert. Les nouveaux arrivants n'ont pas toujours l'expérience ou les compétences professionnelles requises pour travailler dans le domaine de la santé et des services sociaux au Canada. Plus souvent qu'autrement, cependant, il ont un bagage impressionnant qui n'est tout simplement pas reconnu ni valorisé. Il est primordial que les organismes investissent temps, argent et énergie pour mettre en place des pratiques d'embauche équitables.
Il est important d'offrir aux immigrants et aux réfugiés la possibilité d'acquérir les compétences et l'expérience nécessaires pour participer aux décisions qui les touchent. Il est tout aussi important de fournir aux parents la possibilité de faire du bénévolat pour apprendre de nouvelles compétences et partager leur expérience que de leur offrir des services. Ils peuvent alors appliquer leur expérience de bénévoles pour obtenir un emploi où ils pourront faire profiter la communauté de leur profonde compréhension de la migration et du réétablissement.
« Je travaille auprès des communautés. J'ai commencé par suivre des cours de compétences parentales dans les haltes-accueil. J'ai tellement appris là-bas que j'ai décidé de prendre une part active dans la communauté. J'ai pris différents cours, par exemple le cours Nobody's Perfect pour les animateurs. J'ai aussi pris un cours sur la prévention de la violence conjugale au sein de la communauté hispanophone. On se sent vraiment bien quand on peut faire quelque chose pour la communauté. Je comprends ce qu'ils ressentent quand ils arrivent ici et se retrouvent sans soutien parce que j'ai vécu la même chose. C'est merveilleux de pouvoir aider, mais comme je l'ai dit, c'est un processus. Quand on est prêt, on peut aider ses amis, sa famille et sa communauté. »
(participante de Toronto, Ontario)
Si votre organisme n'a pas encore adopté de politique de non-discrimination, consultez les membres du personnel, les bénévoles et les participants des programmes pour élaborer une politique qui reflétera votre contexte unique. Inspirez-vous des politiques mises en place par d'autres organismes comme point de départ.
Affichez un énoncé qui explique votre politique en termes clairs, en français, en anglais et dans les autres langues parlées dans la communauté. Présentez votre politique aux participants de tous les programmes, des services de counseling individuel aux ateliers de groupe. Lorsque l'occasion se présente, rappelez poliment aux gens la politique et expliquez-leur en quoi elle consiste. Relevez les perceptions, commentaires, expressions ou comportements qui peuvent être discriminatoires ou préjudiciables. Cela permet de créer un milieu sûr pour tous.
Voici un exemple concret sur la façon de relever des commentaires désobligeants.
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Au début de chaque réunion du personnel, donnez la chance aux membres de faire part de tout incident discriminatoire dont ils ont été victimes ou témoins au travail ou dans la communauté. Cela leur donne la possibilité de se faire entendre et également de se rendre compte de la fréquence et de l'étendue des comportements discriminatoires. Éventuellement, les membres du personnel pourront en venir à chercher le soutien du groupe ou à lui demander des suggestions sur la façon de réagir si un autre incident similaire se produisait.
Demandez aux membres du personnel d'animer à tour de rôle, pour le bénéfice de leurs collègues, des ateliers sur certaines formes de discrimination, comme le racisme ou l'homophobie. En plus de favoriser la croissance et l'apprentissage du personnel, ce genre d'ateliers peuvent aider certains membres à exorciser des expériences passées de discrimination qui ont été douloureuses. En outre, il peut en ressortir d'importantes stratégies d'intervention pour faire face à la discrimination. Vous pouvez aussi recourir à un animateur externe si le personnel le désire. Lorsque ces ateliers auront été mis sur pied auprès du personnel, songez à les offrir aux bénévoles et participants des programmes.
La création d'un environnement non discriminatoire est un processus long et ardu. Même ceux qui ont déployé de nombreux efforts pour parvenir à ce but et accompli d'importants progrès n'ont jamais tout à fait fini d'avancer et d'apprendre.
Mettez en place un protocole officiel de plainte auquel le personnel, les bénévoles et les participants des programmes pourront recourir s'ils sont victimes de discrimination au sein de l'organisme. Voyez tout plainte comme une occasion de réparer les dommages causés par des gestes discriminatoires et de prévenir des situations semblables à l'avenir.
Il est important de créer des programmes et un milieu empreints de soutien en répondant aux besoins uniques des participants. Il faut aussi offrir des services de soutien affectif et de santé mentale dans un contexte interculturel, tant sur le plan individuel que de groupe. Voici quelques suggestions pour y parvenir.
Parfois, les mères ont simplement besoin d'une occasion ou d'un endroit pour se détendre et mieux composer avec le stress chronique, l'anxiété, la douleur ou un traumatisme. Les femmes n'ont souvent pas le temps de penser à elles et de prendre soin d'elles. L'enseignement des techniques de relaxation dans un endroit sûr offrant des services de garde d'enfants peut être une composante très importante de vos activités. Un groupe de relaxation peut également être une porte d'entrée vers des services que les nouvelles arrivantes se sentent souvent mal à l'aise de rechercher (p. ex. counseling individuel).
Puisque
les mères ont souvent la responsabilité première des enfants, il est primordial
de leur offrir des services de garde d'enfants pour qu'elles puissent
avoir accès aux services sociaux et de santé. En offrant des services
de garde gratuits à toutes les familles participantes, vous assurerez
l'accès de tous les parents à vos programmes et services.
Les familles qui viennent d'arriver au Canada assument souvent sans répit
leurs responsabilités parentales parce qu'elles n'ont pas de proches sur
qui compter ou de réseau dans la communauté. Un répit à court terme et
flexible permet aux parents de prendre un temps d'arrêt, de s'occuper
d'eux-mêmes, de suivre un cours ou de rendre visite à des amis. Ce genre
de soutien peut être salutaire dans la vie des familles nouvellement arrivées
au pays.
Il est important de tenir compte de la nature des services de garde offerts
et de la diversité culturelle du personnel, car les expériences vécues
durant la tendre enfance ont des répercussions à long terme. Dans leur
pays d'origine, les parents peuvent compter sur des membres de la famille
ou de la communauté, qui partagent les mêmes valeurs, pour assumer une
partie de la responsabilité de leurs enfants. Les parents doivent sentir
qu'ils confient leurs enfants à des personnes un tant soit peu ouvertes
à leurs croyances, valeurs et pratiques. Les enfants se sentent plus en
sécurité si les soins qu'ils reçoivent en milieu de garde sont conformes
à ceux de leur foyer. L'embauche de personnel représentatif de la diversité
des enfants pris en charge est un moyen efficace d'offrir des soins compatibles
avec leur culture. Il est important d'adopter cette stratégie ainsi que
les autres recommandations de la présente section au moment de mettre
sur pied des services de garde. Assurez-vous, par exemple, que le milieu
et le matériel reflètent la diversité culturelle des enfants pour qu'ils
sachent que leurs identités et cultures sont valorisées..
« Le sentiment d'appartenance est le pilier principal de la société et constitue un facteur très important dans l'épanouissement de la famille et de l'enfant. »
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)
Il est essentiel d'offrir aux immigrants et réfugiés un milieu chaleureux où ils se sentiront à l'aise et faire partie de leur nouvelle communauté pour assurer l'accessibilité des programmes et répondre aux besoins uniques des parents et familles qui ont perdu leur chez-soi et essaient de repartir à neuf. Voici des suggestions pour favoriser le sentiment d'appartenance des participants aux programmes.
Les familles immigrantes et réfugiées ne connaissent souvent pas les services qui sont offerts ou se sentent mal à l'aise d'y avoir recours. Étant donné que leur besoin de soutien formel est accru, il est essentiel d'inclure des services d'approche à ses activités Voici quelques suggestions sur la façon de joindre les familles dans la communauté.

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