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ANALYSE DOCUMENTAIRE DE LA THÉORIE DE L'ATTACHEMENT PARENTS-ENFANTS ET DES PRATIQUES INTERCULTURELLES QUI INFLUENCENT LA RELATION D'ATTACHEMENT.

Par
P.N. Reebye, M.D., FRCPC, S.E. Ross, M.Sc., infirmière autorisée, et
Kathleen Jamieson, M.A.
Avec l'aide de
Jason M. Clark, B.A. spécialisé

1. INTRODUCTION
Survol du contenu de l'analyse documentaire
But de l'analyse documentaire
But du projet national de recherche
Étendue de l'analyse documentaire
Paramètres et limites de l'analyse


2. LA THÉORIE DE L'ATTACHEMENT ET SES APPLICATIONS

Sommaire du concept et des applications de l'attachement
Grands principes de la théorie de l'attachement
Types et comportements d'attachement
L'attachement en bas âge et ses répercussions


3. ÉTUDES INTERCULTURELLES DE L'ATTACHEMENT

Études interculturelles de l'attachement
Études interculturelles sur les types d'attachement
Études menées en Afrique
Études menées en Allemagne
Études menées au Japon
Études menées en Chine
Études menées en Israël
Adoption interculturelle


4. ÉDUCATION, SOINS ET PRATIQUES D'ATTACHEMENT

Compréhension du rôle du parent et des autres fournisseurs de soins dans la relation d'attachement
Limites des parents et autres fournisseurs de soins en matière d'attachement


5. ÉTUDES, LIENS D'ATTACHEMENT ET PRATIQUES PARENTALES INTERCULTURELS

Correspondance entre les pratiques parentales et les types d'attachement
Cadre d'analyse interculturelle des comportements d'attachement et pratiques parentales
Études culturelles et interculturelles des pratiques parentales
Groupes ethnoculturels au Canada
Éléments culturels du rôle parental


6. CONCLUSION

Problèmes méthodologiques
Lacunes de la documentation
Commentaires et réflexions des auteurs
Antécédents et rôles des auteurs
References
Supplement

















Survol du contenu de l'analyse documentaire

Ce document se divise en sept sections:
La section 1, Introduction, examine le but et les objectifs de l'analyse documentaire et décrit brièvement le rapport, son étendue et ses limites.
La section 2, La théorie de l'attachement et ses applications, ert de toile de fond à l'examen de la documentation et résume les concepts, termes et applications de l'attachement.
La section 3
, Études interculturelles de l'attachement, se penche sur les catégories d'attachement selon les cultures, l'adoption interculturelle et les études sur l'attachement menées en Afrique, en Allemagne, au Japon, en Chine et en Israël.
La section 4, Éducation, soins et pratiques d'attachement, traite du rôle des personnes qui prennent soin d'enfants et des limites inhérentes à ce rôle, tels que décrits dans la documentation.
La section 5, Études, liens d'attachement et pratiques parentales interculturels, examine la documentation sur le rôle des parents et les types d'attachement dans différentes cultures, puis propose un cadre d'interprétation de ces pratiques.
La section 6, Conclusion, analyse l'état de la documentation sur les pratiques interculturelles d'attachement.
La section 7 énumère les ressources sur lesquelles s'appuie cette analyse. L'annexe, Historique de la théorie de l'attachement, retrace l'évolution de la théorie de l'attachement, les travaux des principaux théoriciens et le développement de leurs concepts. Les auteurs présentent également leurs commentaires finals et soulèvent certaines questions découlant de leur analyse..



But de l'analyse documentaire

Cette analyse documentaire vise le but suivant:
"Fournir aux responsables du projet national un résumé et une analyse critique des recherches et connaissances actuelles sur les pratiques d'attachement parents-enfants. Cette analyse s'intéresse particulièrement aux diverses communautés ethnoculturelles et aux répercussions de l'émigration sur les pratiques des femmes et des familles appartenant à ces communautés ". [1]

Les objectifs de l'analyse documentaire sont les suivants:

  1. Fournir aux responsables du projet national un résumé et une analyse critique des recherches et connaissances actuelles sur les pratiques d'attachement parents-enfants dans diverses cultures;

  2. Présenter l'information dans un format accessible au personnel du Programme d'action communautaire pour les enfants (PACE) et du Programme canadien de nutrition prénatale (PCPN), ainsi qu'aux participants de tout le pays;

  3. Servir de base à un examen critique de cette question partout au Canada.

Cette analyse est rétrospective, c'est-à-dire qu'elle porte sur les recherches déjà menées sur l'attachement. Elle sert de base à une étude prospective que le centre de santé pour les femmes effectue pour le compte du Programme d'action communautaire pour les enfants de Santé Canada. Dans le cadre de cette étude, le centre recueille et analyse les nouvelles données sur les pratiques d'attachement dans les diverses cultures du Canada.



But du projet national de recherche

Voici le but du projet national de recherche du centre de santé pour les femmes et du projet d'intervention primaire auprès des parents de Parkdale, tel que décrit dans la proposition soumise à Santé Canada : «Reconnaître et valider les pratiques d'attachement parents-enfants utilisées par les femmes et les familles provenant de divers pays et cultures, en particulier les techniques qui se sont révélées déterminantes pour favoriser la croissance et l'attachement des enfants au cours des cinq premières années de leur existence.» Le projet national fournit donc le contexte de l'analyse, même si celle-ci vise un but différent.

Les membres du centre de santé pour les femmes ont décidé d'explorer ce domaine parce qu'ils ont remarqué que les pratiques des immigrantes avec leurs enfants, qui renforcent leur rôle dans le développement infantile, étaient souvent mal acceptées, voire rejetées, par la culture dominante.



Étendue de l'analyse documentaire

Les documents examinés ont été sélectionnés à partir d'une vaste recherche des bases de données Medline et PsychInfo, des résumés analytiques en sociologie, en ethnologie, en travail social, en études de la famille et en études de la femme dans des publications anglophones approuvées par des collègues et portant sur l'éducation des enfants, les relations mère-enfants, les relations parents-enfants, le rôle parental dans différentes cultures, les comportements d'attachement, l'identité et les valeurs ethniques, ainsi que les caractéristiques et la diversité culturelles. Les recherches ont été circonscrites à la période comprise entre 1980 et 1999 pour permettre de tracer un portrait pertinent et contemporain de la documentation. Les auteurs ont choisi d'inclure les études sur l'attachement durant la petite enfance et l'enfance (0 à 10 ans) et d'exclure celles portant sur l'attachement chez l'adulte. Au total, 198 sources ont été examinées, dont six analyses critiques de la documentation sur l'attachement.

Outre les sources ci-dessus, d'autres études importantes publiées entre 1930 et 1999 ont servi à brosser un tableau sommaire de l'évolution des théories de l'attachement et de l'apprentissage.

Aux fins de cette analyse de la documentation sur l'attachement, c'est-à-dire la relation entre le nourrisson ou l'enfant et les parents ou autres personnes qui en prennent soin, les auteurs se sont efforcés de préciser comment ce concept est défini, décrit, opérationalisé et mis en pratique.

Les auteurs ont également soulevé d'autres questions interreliées qui concernent les buts du projet du centre de santé pour les femmes et ceux du PACE : La documentation traite-t-elle des caractéristiques de l'attachement qui favorisent les futures relations familiales ou interpersonnelles de l'enfant et sa réussite à l'école ou dans sa vie adulte? Si oui, lesquelles? Retrouve-t-on les mêmes caractéristiques chez toutes les mères et tous les enfants, peu importe leur culture? Quels sont les effets des diverses pratiques culturelles et parentales sur la relation entre l'enfant et ses parents ou les autres personnes qui en prennent soin?



Paramètres et limites de l'analyse.

La présente analyse comporte certaines limites qu'il est important de prendre en considération.
1) Bien que cet examen serve de toile de fond à une étude d'envergure entreprise par le centre de santé pour les femmes, il vise un but et des objectifs différents et se contente de résumer et d'évaluer les recherches déjà publiées. Comme toute analyse documentaire, il ne reflète que le contenu de la documentation et ne peut, contrairement aux recherches empiriques du reste de l'étude, conduire à l'élaboration d'hypothèses. Les chercheurs ont néanmoins signalé les éléments qu'ils considéraient biaisés ou insuffisamment développés dans la documentation existante

2) La majeure partie de la documentation sur l'attachement et les pratiques des différentes cultures se trouve dans les domaines des sciences sociales et de la médecine. Rien d'étonnant à ce que le langage et la terminologie utilisés dans les documents soient très techniques et souvent complexes. C'est pourquoi les auteurs ont cru bon de vulgariser certains concepts et explications techniques lorsque le contexte s'y prêtait. Précisons toutefois que le langage et les concepts utilisés par un auteur donné ont parfois une signification particulière qu'on ne peut expliquer en d'autres termes sans en modifier le sens..


[1] Entente conclue entre le centre de santé pour les femmes, Centre de santé St. Joseph, le projet de prévention primaire auprès des parents de Parkdale et le conseil de planification sociale et de recherche de la C.-B., 12 avril 1999, p. 3.

Sommaire du concept et des applications de l'attachement


Le terme «attachement» fait référence à des concepts différents selon les gens : engagement, amour, affection, chaleur humaine ou même loyauté. Même dans la documentation scientifique, on note un chevauchement entre les notions d'attachement, de proximité affective et d'affiliation. Le présent rapport attribue au terme «attachement» sa signification la plus courante, soit le lien entre le nourrisson (et le tout-petit) et le principal fournisseur de soins (généralement la mère).

C'est le psychiatre britannique John Bowlby qui, dans les années 1940, a créé ce concept. Observant les enfants placés dans des orphelinats, Bowlby se rend compte que l'attachement est un aspect crucial du développement de la personnalité de l'enfant et détermine la façon dont il interagit avec autrui. Sa théorie emprunte des éléments de l'éthologie, de la psychologie cognitive, de la théorie des systèmes de régulation et de la théorie des relations d'objet. Ces concepts multidisciplinaires mettent tous l'accent sur les schèmes habituels des relations parents-nourrissons et l'aspect qualitatif de ces relations. (Pour connaître l'historique complet de la théorie de l'attachement, se reporter à l'annexe.)

Bowlby a décrit quatre systèmes de comportement : exploration de l'environnement immédiat par le nourrisson; affiliation, ou apprentissage de la vie avec d'autres êtres humains; prudence et peur du nourrisson qui se familiarise avec le danger et la sécurité; attachement, c'est-à-dire la recherche de la proximité avec la figure d'attachement et l'émergence d'un sentiment de sécurité. En plus d'une description du système d'attachement (le plus important selon Bowlby), la théorie explique les comportements, les liens et les relations d'attachement.

Les comportements typiques de l'attachement désignent les gestes et signaux des bébés (comme les pleurs, sourires et vocalisations) qui favorisent la proximité de la figure d'attachement. Lors des stades ultérieurs, l'enfant se rapprochera physiquement de cette personne en rampant ou en marchant jusqu'à elle.

Les nouveau-nés ont tout ce qu'il faut pour participer activement au développement et au maintien d'une relation d'attachement. La plupart d'entre eux sont déjà éveillés à la naissance, puis commencent bientôt à réagir au langage humain (Condon et Sander, 1974) et à synchroniser leurs mouvements à ceux des adultes. Par exemple, un nourrisson de deux jours peut distinguer le visage et l'odeur de sa mère parmi d'autres visages et odeurs (Field et coll., 1984). Les nouvelles recherches soulignent d'ailleurs la participation active des nouveau-nés à l'établissement des liens avec les personnes qui en prennent soin..

Le terme «proximité affective» est normalement utilisé pour désigner l'affection et les sentiments instinctifs ressentis par les parents ou un autre fournisseur de soins à l'égard de l'enfant, tandis que l'attachement fait référence à la relation entre l'enfant et la ou les personnes qui en prennent soin



Grands principes de la théorie de l'attachement.

La théorie de l'attachement s'appuie sur les principes suivants : l'attachement est universel chez les humains; il n'exclut aucune race ni culture; c'est un phénomène instinctif et biologique; l'attachement désigne une forme de «compréhension» tacite qui ne s'acquiert ni par raisonnement ni par apprentissage; il est donc intuitif; l'enfant développe des liens d'attachement multiples selon un ordre d'importance, mais il privilégie généralement sa relation avec sa mère; c'est donc un exercice hiérarchique; l'attachement décrit une relation intime (et généralement affectueuse) dont l'influence se fait sentir toute la vie; il a donc des effets durables.

Selon le principe central de la théorie de l'attachement, la relation réciproque entre l'enfant et la personne qui en prend soin a une fonction biologique. Cette relation vise principalement à accroître les chances de survie du nourrisson en l'incitant à rechercher la proximité avec une personne qui s'occupera de lui.

La relation d'attachement prend aussi en considération les aspects émotifs de la relation mère-enfant. Selon Bowlby, il est très important que l'enfant éprouve une certaine sécurité émotionnelle (felt security) et se forge des modèles internes opérants. La séparation non désirée avec la figure d'attachement déclenche habituellement la détresse émotive chez le nourrisson.

L'interprétation actuelle de ce phénomène admet la formation de plusieurs attachements sélectifs, quoique hiérarchisés (Bowlby, 1969/1982, 1973, 1980).

On reconnaît aussi que l'enfant adoptera des comportements d'attachement dans la mesure où le système d'attachement est sollicité. Par conséquent, la documentation suggère que la sécurité de l'attachement repose sur la réceptivité et l'accessibilité de la mère. Une fois établie, la sécurité de la relation de l'enfant avec sa mère ou un autre fournisseur de soins est très stable à long terme et permet, selon les recherches, de prédire d'autres aspects du développement infantile comme les compétences interpersonnelles et les aptitudes à la résolution de problèmes (Sroufe et coll., 1990; Sroufe et coll., 1992).



Types et comportements d'attachement

Les travaux de Mary Ainsworth ont défriché le domaine des relations d'attachement et ont donné lieu aux types d'attachement généralement reconnus. Ses expériences appelées «situations étranges» lui ont permis d'observer et de hiérarchiser divers schèmes de comportement (Ainsworth et coll., 1969; Ainsworth et coll., 1971).

Grâce au mode d'observation structuré que sont les situations étranges, Mary Ainsworth a étudié le niveau d'équilibre entre les comportements d'attachement et d'exploration adoptés par des tout-petits (12 à 20 mois) soumis à un stress modéré. Elle en a ressorti trois types d'attachement: a) sécurisant; b) insécure évitant; c) insécure ambivalent.

Les enfants sécures voient leur mère ou la personne qui prend soin d'eux comme une base de sécurité pour explorer leur environnement. Après avoir été séparés temporairement de leur mère (situation étrange), ils sourient, babillent et ont des gestes positifs envers elle à son retour. Ces bébés recherchent le réconfort de leur mère au moment de la séparation, mais se calment facilement dès son retour et reprennent leurs activités d'exploration une fois rassurés. Les nourrissons sécures ont des relations plus enrichissantes avec les personnes qui s'en occupent (Isabella et Belsky, 1990).

Le groupe d'enfants insécures (souvent qualifiés d'anxieux) adoptent deux schèmes de comportements appelés évitants et ambivalents. Dans le premier cas, l'enfant ne semble pas avoir développé de base de sécurité. Au moment de la séparation d'avec sa mère, il est peu importuné. Au retour de la mère, il évite le contact avec elle et s'intéresse davantage aux jouets qu'à sa mère. Les comportements évitants ont été observés chez des bébés pleurnichards ou passifs qui paniquaient lors de la séparation mais qui, au retour de la mère, la rejetaient avec rage sans montrer aucun signe de soulagement.

Quelques années plus tard, Mary Main et d'autres chercheurs (1981, 1982, 1985, 1986, 1994) ont ajouté une quatrième catégorie : les enfants désorganisés ou désorientés qui ne réagissaient pas de manière caractéristique ou prévisible à la situation étrange. En présence d'un étranger et d'une source de stress, ces bébés adoptaient régulièrement des comportements désorganisés. On a pu observer que les enfants perturbés (p. ex. victimes de négligence ou de violence) appartenaient souvent à cette catégorie.

Même si les catégories initiales d'attachement s'appliquaient à des bambins de 20 mois et moins, plusieurs études se sont penchées sur les types d'attachement chez des enfants plus âgés et des adultes (Bartholomew et Shaver, 1998). Récemment, les relations d'attachement ont aussi été évaluées selon des mesures appliquées au domicile des sujets.

La classification des types d'attachement chez les enfants d'âge préscolaire s'inspire de deux approches importantes : l'observation des réactions à des photographies, mise au point par Kaplan et Main (1986), et l'observation d'enfants jouant à la poupée (étude de la sécurité représentationnelle de l'attachement). Les systèmes Cassidy-Marvin (1992) et l'Évaluation de l'attachement chez les enfants d'âge préscolaire ont aussi permis d'approfondir la question.



L'attachement en bas âge et ses répercussions


La majorité des recherches sur le sujet tiennent pour acquis que la formation d'un attachement sécurisant en bas âge constitue un bon prédicteur du futur bien-être psychosocial de l'enfant. Mais d'autres facteurs ont également un rôle à jouer, notamment les pratiques culturelles, les circonstances psychosociales, les caractéristiques personnelles (p. ex. tempérament de l'enfant) et la transmission des valeurs et croyances de génération en génération.

Les enfants ayant formé un lien d'attachement sécurisant ont des interactions mutuellement enrichissantes avec leur mère (Isabella et Belski, 1991). À l'âge de six ans, ils vivent en douce harmonie avec leurs parents (Main et Cassidy, 1988). La conclusion qui revient sans cesse dans les recherches est que l'harmonie entre la mère et l'enfant durant les premières années de sa vie améliore les relations interpersonnelles au sortir de l'enfance et plus tard dans la vie. En fait, les enfants sécures sont plus susceptibles de nouer des amitiés profondes, d'avoir de bonnes compétences interpersonnelles, d'être acceptés par leur groupe de pairs, d'avoir de l'empathie envers autrui et d'être capables de décoder les signaux émotionnels (Leiberman, 1977; Water, Whippman et Sroufe, 1979; Minnesota Parent-Child Project).

Selon les conclusions du projet sur les relations parents-enfants de classe moyenne du Minnesota, les enfants ayant formé un attachement sécurisant sont plus autonomes et plus aptes à la résolution des problèmes que les autres enfants. Si l'attachement sécurisant ne garantit pas une santé émotive et une intégration sociale optimales, il fait partie des principaux facteurs de protection du bien-être mental. Il favoriserait également le développement des capacités d'adaptation (Sroufe, 1997; Steinhauer, 1998).

Par rapport aux enfants sécures, les enfants ayant formé un attachement insécure (anxieux) ont moins confiance en eux, se fient davantage aux autres pour répondre à leurs besoins et courent un risque accru de dysfonctionnement psychosocial, comme les troubles somatiques, l'isolement social (Lewis et coll., 1984) et les troubles anxieux (Warren et coll., 1997). Les enfants évitants présentent diverses formes de déficiences sociales : ils se montrent souvent hostiles et agressifs et sont perçus comme des bagarreurs par leurs camarades (Troy et Sroufe, 1987). Il semblerait d'ailleurs que les enfants évitants et désorganisés courent plus de risques de connaître des problèmes de comportement durant la petite enfance (Greenberg et coll., 1993). Enfin, Carlson, Chicchetti et leurs collaborateurs (1989) ont découvert que 82 p. 100 des enfants ayant subi des mauvais traitements avaient formé des liens d'attachement désorganisé ou désorienté.

Dans l'ensemble, les conclusions des recherches menées jusqu'à présent confirment la prémisse de la théorie de l'attachement, c'est-à-dire l'influence indéniable des liens d'attachement. Il existe peu d'études longitudinales sur les répercussions à long terme des types d'attachement, quoique les chercheurs tentent maintenant d'approfondir l'impact des relations de la petite enfance sur le fonctionnement ultérieur de l'enfant. L'influence de certains facteurs de risque semble varier selon le stade de développement de l'enfant. La sécurité des relations formées de la naissance à l'âge préscolaire, les facultés cognitives et la motivation démontrées durant la phase intermédiaire de l'enfance, ainsi que les normes parentales de comportement durant l'adolescence semblent essentiels à un développement sain (Greenberg, 1993).

L'évolution historique de la théorie de l'attachement aide à mieux saisir l'état actuel des connaissances, leur utilité et leurs limites. Les lecteurs qui n'ont pas eu la possibilité de suivre l'évolution du concept d'attachement dans la documentation scientifique peuvent parcourir le résumé d'un ouvrage réputé de Robert Karen (1994) en annexe à ce rapport.

La documentation sur l'attachement est très dense. C'est pourquoi les publications-phares du domaine sont indiquées en caractères gras dans la bibliographie.



Études interculturelles de l'attachement

L'hypothèse selon laquelle la relation d'attachement comble les besoins instinctifs (autres qu'alimentaires) d'un bébé est un élément important de la théorie de l'attachement. Elle présuppose que la relation mère-enfant influence tous les êtres humains, quelles que soient leurs normes culturelles et leurs pratiques en matière d'éducation des enfants.

Le rapport-phare de Bowlby intitulé Soins maternels et santé mentale (1954) a été rédigé pour le compte de l'Organisation mondiale de la santé à partir des données qu'il a recueillies dans plusieurs pays occidentaux dont la France, la Hollande, la Suède et les États-Unis. La santé mentale du nourrisson et de l'enfant repose sur la qualité des soins maternels, aussi essentiels selon Bowlby que les vitamines et les protéines pour la santé physique. Cette notion a été largement adoptée par la communauté internationale par suite de la publication du rapport.

Les dimensions culturelles de l'attachement et les recherches connexes n'ont pas pour autant été délaissées. Dès les années 1950, on reprochait aux études de Spitz sur la carence maternelle de passer sous silence les répercussions des facteurs culturels, raciaux et socio-économiques sur les nourrissons (cité dans Pinneau, 1955).

L'interprétation actuelle des comportements d'attachement mère-nourrisson s'inspirent surtout des observations interculturelles de Mary Ainsworth (1963, 1967) lors de sa première étude en Ouganda. Sa deuxième étude auprès de bébés américains a ensuite confirmé ses conclusions au sujet des schèmes d'attachement observés en Ouganda. Plus précisément, elle a découvert que la relation d'attachement était présente dans les deux groupes de nourrissons, malgré quelques différences sur le plan des comportements (au retour de la figure d'attachement, par exemple, les bébés américains la serraient et l'embrassaient alors que les bébés ougandais battaient des mains). Plusieurs scientifiques ont mis en doute l'applicabilité des résultats obtenus par Ainsworth et sa classification des liens d'attachement dans différentes cultures. La section suivante examine la documentation et les principales études à ce sujet.





Études interculturelles sur les types d'attachement

Les enfants apprennent à se comporter d'une manière qui les aidera à s'adapter aux normes culturelles de leur milieu de vie. C'est là une des complexités de la recherche interculturelle. Bien que l'aspect intuitif de la relation d'attachement mère-enfant soit généralement accepté, les comportements observés reflètent aussi les exigences du milieu social. Par conséquent, le nourrisson réagit au comportement de sa mère d'une façon intuitive mais conforme aux attentes de la communauté.

Il existe de nombreuses manières de regrouper les études interculturelles; elles sont présentées ici selon leur pays d'origine.



Études menées en Afrique

Keromoian et Leideman (1986) ont étudié 26 familles ayant des enfants âgés de huit à 27 mois. Modifiant quelque peu l'expérience de la «situation étrange», ils ont découvert avec étonnement que les bébés guiessis sécures accueillaient le retour de la figure d'attachement d'un geste imitant la poignée de main traditionnelle des adultes. Les nourrissons insécures, quant à eux, évitaient le contact avec la personne responsable de leurs soins et exploraient leur environnement immédiat. L'étude n'a pas relevé de différences entre les enfants évitants et ambivalents de la catégorie d'attachement insécure.

Les types d'attachement observés au sein des dyades [2] guiessis correspondaient généralement à ceux des études menées en Occident; 61 p. 100 des bébés avaient formé un attachement sécurisant avec leur mère et 54 p. 100 avec un autre fournisseur de soins.

Dans cette culture africaine, les mères donnaient les soins physiques, tandis que les autres responsables se chargeaient surtout des activités sociales et cognitives. On a d'ailleurs constaté que l'attachement sécurisant était lié à l'alimentation des nourrissons lorsque la principale figure d'attachement était la mère et à des facultés cognitives avancées lorsque cette figure était une autre personne.


L'étude des dyades dogons effectuée par True en 1994 contient également d'importants renseignements interculturels. Ses conclusions sur l'attachement sécurisant, qui se comparent à celles d'autres études, ont permis de valider le recours à la «situation étrange» dans différentes cultures. De plus, le type d'attachement désorganisé (désorienté) a été observé dans cet échantillon africain. La catégorie d'attachement insécure comprenait 23 p. 100 de nourrissons désorganisés (comparativement à 15 p. 100 dans les échantillons occidentaux), mais aucun sujet évitant. Les auteurs ont attribué le nombre accru d'enfants désorganisés au plus grand stress ressenti par les dyades dogons pendant la situation étrange..

Enfin, l'étude de Marvin et coll. (1977) sur les dyades haoussas du Nigeria a examiné l'influence des soins donnés par plusieurs substituts maternels sur les comportements d'attachement. Ses conclusions confirment la hiérarchie généralement acceptée des relations d'attachement, c'est-à-dire la possibilité de former de multiples liens d'attachement (voir Bowlby), tout en privilégiant une relation. L'enfant préférait la personne qui avait le plus de contacts physiques et d'interactions avec lui.

Cette étude a également fait ressortir les répercussions du comportement des parents sur l'évaluation des liens d'attachement. Ainsi, les parents haoussas se montraient réceptifs aux signaux de leurs bébés, mais les empêchaient de se mouvoir pour explorer leur environnement. Comme l'exploration de l'environnement est un indicateur de la sécurité émotionnelle de l'enfant, les mouvements limités des nourrissons pouvaient entraver l'évaluation des comportements d'attachement à l'aide des méthodes habituelles.




Études menées en Allemagne

Klaus et Karin Grossman et leurs collaborateurs (1981, 1985) ont étudié des enfants de Bielefeld dans le nord de l'Allemagne. Dans les deux tiers de l'échantillon, ils ont constaté des liens d'attachement insécure, dont la moitié appartenaient à la catégorie insécure-évitant (deux fois et demie la proportion recensée dans les échantillons américains de classe moyenne). Selon les chercheurs, les comportements évitants des enfants serait dus en partie à l'importance accordée à l'indépendance par les parents allemands, qui encourageaient d'ailleurs leurs petits à devenir autonomes avant leur premier anniversaire. Mentionnons toutefois que l'attachement évitant laissait des séquelles à long terme : comparativement aux enfants sécures, qui avaient plus d'assurance, d'autonomie et de capacités d'adaptation à l'âge de dix ans, le groupe d'enfants évitants avaient de la difficulté à nouer des relations avec leurs pairs et étaient plus dépendants. Lors d'une deuxième étude dans le sud de l'Allemagne, les mêmes chercheurs ont relevé des proportions d'attachement sécurisant et insécure très similaires à celles des recherches américaines.

Après interprétation des deux études et comparaison des résultats à ceux de Sroufe, ils ont conclu que l'incidence élevée des liens d'attachement insécure-évitant n'était pas uniquement une question de normes culturelles. La fin de la première année étant une période critique de la formation de l'attachement (Ainsworth, 1982), la nécessité de parvenir très tôt à l'autonomie affective chez les populations du nord de l'Allemagne hypothéquait le bien-être ultérieur des enfants. C'est pourquoi les chercheurs ont insisté sur la nécessité de modifier certaines opinions fermement ancrées chez les parents allemands au sujet de l'éducation des enfants (Grossman et Grossman, 1991). Selon leurs arguments, l'autonomie résulte d'une réceptivité constante de la part de la mère; ce n'est pas en essayant de «dresser» un enfant ou en lui retirant son soutien et son affection qu'on le stimulera à devenir autonome.

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Études menées au Japon

Deux études - réalisées à Tokyo et à Sapporo - se sont servies de la méthodologie de la situation étrange pour examiner la relation d'attachement. L'étude de Tokyo (Durrett et coll., 1984) a obtenu des résultats similaires à ceux des autres recherches menées à l'échelle internationale. Les mères de nourrissons ayant formé un attachement sécurisant ont dit bénéficier davantage du soutien de leur conjoint que les mères d'enfants insécures (évitants). Dans l'étude de Sapporo (Takahashi, 1986), la distribution des types d'attachement variait, mais il faut toutefois noter que des modifications avaient été apportées à la sélection des sujets et à la méthodologie. Ces résultats divergents ont soulevé l'importance du recours à des méthodes uniformes dans les recherches interculturelles.

Le concept d'amae (relation de dépendance affective envers un fournisseur de soins) complique les recherches au Japon en raison de sa ressemblance avec le concept d'attachement (Doi, 1989, 1992). Toutefois, une investigation scientifique au moyen de la technique Q (un participant classe une série d'affirmations selon une suite ordonnée) a corrélé l'amae avec la dépendance mais pas avec la sécurité de l'attachement (Vaughn et Waters, 1990; Vereijken, 1996, p. 724).

Il est à noter qu'une grande partie des recherches dans le domaine se sont déroulées dans un milieu «artificiel», soit le laboratoire. Bornstein et collaborateurs (1992) ont donc entrepris d'examiner et de comparer les principales caractéristiques de la réceptivité d'un échantillon de mères à leur domicile de New York, Paris et Tokyo. Dans ces trois villes, les mères adoptaient les comportements prévus : réactions adéquates aux besoins fondamentaux du nourrisson; réactions compatissantes aux vocalisations d'un nourrisson en détresse; encouragement à explorer l'environnement immédiat; imitation du babil de l'enfant. Les chercheurs ont observé des schèmes de comportement associés à la culture (p. ex. mères qui réagissent aux regards du bébé plutôt qu'à ses vocalisations ou qui encouragent d'autres personnes à interagir avec leur enfant).

 



Études menées en Chine

Très peu de recherches sur le développement socio-affectif ou sur l'attachement ont été réalisées en Chine. On ne sait donc pas dans quelle mesure les rares études sont représentatives de la population.

L'étude de Beijing menée par Gao et Wu (citée dans Posada et coll., 1995) a exploré l'existence du phénomène de sécurité chez les enfants chinois et tenté de dresser le profil-type du nourrisson sécure, tel que décrit par les mères chinoises. D'après celles-ci, l'enfant idéal aurait formé un attachement sécurisant qui correspond par ailleurs au profil établi par les experts.

Tang (1992) offre une vue d'ensemble des implications psychanalytiques de la philosophie et des pratiques d'éducation des enfants appliquées en Chine. Selon Ho (1994) et d'autres chercheurs, la culture chinoise privilégie l'interdépendance à l'indépendance, et les parents chinois insistent sur l'importance de l'harmonie affective et de la maîtrise de soi dans les relations interpersonnelles. Une étude de Lin et Fu (1990) a découvert que la valorisation de l'interdépendance à l'intérieur de la cellule familiale était totalement compatible avec l'indépendance exigée à l'extérieur du noyau familial, l'autonomie étant nécessaire à la réussite scolaire et professionnelle.

Hu et Meng (1996) de l'Université de Pékin à Beijing ont procédé à la première étude chinoise menée sur l'attachement au moyen de la situation étrange. L'étude a porté sur 31 mères d'enfants uniques, soit 15 nourrissons de sexe féminin et 16 de sexe masculin. Les grands-mères servaient souvent de substitut à la mère. La distribution des types d'attachement correspondait généralement aux études internationales : 68 p. 100 des bébés de sexe masculin ou féminin avaient formé un attachement sécurisant et 32 p. 100 un attachement insécure. Bien que les chercheurs se soient déclarés incertains de la validité des observations et de leur interprétation (en ce qui concerne notamment la catégorie insécure-évitant), leurs conclusions faisaient ressortir l'importance de la réceptivité aux besoins de l'enfant dans le développement de la relation d'attachement. En effet, les mères de nourrissons ayant formé un attachement sécurisant participaient davantage aux soins que les mères d'enfants évitants.




Études menées en Israël

Sagi et ses collaborateurs (1985) ont relevé des différences majeures d'attachement entre les enfants des kibboutz qui dormaient dans des dortoirs et les nourrissons qui retournaient dans leur foyer le soir venu. Les chercheurs expliquent la proportion accrue de liens d'attachement insécure parmi les bébés des dortoirs par l'inégalité des soins (donnés par la mère ou une autre personne durant la journée, puis par un étranger le soir). Comparativement aux normes internationales en matière d'attachement, plusieurs études israéliennes (Sagi et coll., 1985, 1994, 1997) comprenaient un nombre supérieur de nourrissons ambivalents et un nombre inférieur de bébés évitants. Des études se poursuivent sur ce phénomène.



Adoption interculturelle


Les chercheurs Juffer et Rosenboom (1997), des Pays-Bas, ont observé à domicile 80 mères et leurs nourrissons adoptés au Sri Lanka, en Corée du Sud et en Colombie. Ils ont évalué la réceptivité de la mère adoptive à 6 et 12 mois, puis la relation d'attachement mère-enfant à 12 et 18 mois au moyen de la situation étrange. Tous les enfants avaient été confiés à leur famille adoptive avant l'âge de 6 mois (moyenne d'âge de 11 semaines). Selon la classification d'Ainsworth, 74 p. 100 des nourrissons avaient formé un attachement sécurisant. La réceptivité des mères adoptives se comparait d'ailleurs à celle des autres parents. Les auteurs attribuent ces résultats au jeune âge des enfants au moment de l'adoption, ce qui concorde avec les conclusions des études susmentionnées sur la carence maternelle.

Marcovitch et coll. (1997) ont évalué le développement, les liens d'attachement et les problèmes comportementaux d'un échantillon de 56 orphelins roumains de 3 à 5 ans adoptés en Ontario. Bien que, dans l'ensemble, les sujets semblaient fonctionner normalement et s'adapter à leur nouvelle vie, les enfants qui avaient passé moins de 6 mois à l'orphelinat obtenaient de meilleurs résultats que les autres aux tests de développement. Les chercheurs ont recensé moins de liens d'attachement sécurisant que prévu, mais aucun cas d'attachement évitant. Les parents des enfants qui avaient passé plus de temps à l'orphelinat, qui avaient formé un attachement insécure ou dont le développement était moins avancé, rapportaient davantage de problèmes de comportement.

Mainemer, Gilman et Ames (1998) ont évalué le niveau de stress de 39 familles ayant adopté 43 orphelins roumains. La sécurité de l'attachement, le nombre de problèmes de comportement et divers facteurs familiaux figuraient parmi les prédicteurs du stress.

Somme toute, la distribution des liens d'attachement sécurisant est étonnamment similaire d'un pays à l'autre (van Ijzendoorn et Sagi, 1999), soit 67 p. 100 aux É.-U. (21 échantillons), 66 p. 100 en Europe de l'Ouest (9 échantillons), 57 à 69 p. 100 en Afrique (3 études), 68 p. 100 en Chine (1 étude) et 61 à 68 p. 100 au Japon. Lorsqu'elle était mesurée, la proportion des types d'attachement insécure (évitant ou ambivalent) et désorganisé n'était pas aussi constante. On a attribué ces divergences à la prédominance des valeurs culturelles comme l'autonomie et les différents niveaux de stress produits par la méthode de la situation étrange chez des dyades de milieux culturels variés.


[2] En psychologie, le terme «dyade» désigne un duo ou un «couple» de personnes. La documentation sur l'attachement emploie souvent ce terme en référence au duo formé par le nourrisson ou l'enfant et la personne principalement responsable de lui. D'autres termes sont aussi utilisés pour décrire la même notion : relation mère-nourrisson, mère-enfant, parent-enfant, enfant-tuteur, etc. En employant le mot «dyade», on reconnaît que la principale figure d'attachement n'est pas nécessairement la mère ou le père.



Compréhension du rôle du parent et des autres fournisseurs de soins dans la relation d'attachement

La principale relation d'attachement est essentiellement dyadique: elle se bâtit à partir des actions, interactions et réactions entre deux personnes. Pour comprendre cette relation, il ne suffit pas d'observer les activités du parent ou du principal fournisseur de soins en compagnie du nourrisson ou de l'enfant. Il s'agit plutôt de déterminer comment cette relation se développe et les schèmes d'interaction qui permettent de prédire la qualité de la relation à long terme. Bien que la fréquence des interactions positives influence la sécurité de l'attachement, le schème habituel des interactions au sein de la dyade est le déterminant le plus important.

Selon la documentation sur l'attachement, les mères de nourrissons ayant formé un attachement sécurisant sont présentes et réceptives aux besoins et signaux de leur enfant (Ainsworth, 1978; Isabella et Belsky, 1990). Dans une dyade sécurisante et bien adaptée, le nourrisson et la mère apprécient la compagnie l'un de l'autre et l'enfant se sent en sécurité avec sa mère. En cas de crise, un enfant sécure sait qu'il peut compter sur l'un de ses parents ou sur son fournisseur de soins; de son côté, le parent ou la personne responsable reste à l'écoute des besoins du nourrisson et y réagit la plupart du temps de manière réceptive et responsable.

Comparativement aux mères d'enfants sécures, les mères d'enfants ambivalents réagissent plus souvent de façon inégale et sont moins présentes, tandis que les mères d'enfants évitants sont plus portées à rejeter leur enfant, à se montrer distantes, à mal interpréter les signaux de détresse ou à y réagir de manière inadéquate (Ainsworth et coll., 1978).

Il y a lieu d'apporter ici une distinction importante entre le volet éducation-soins des enfants et la relation d'attachement proprement dite. Le but premier du volet éducation-soins consiste à protéger l'enfant, alors que le lien d'attachement assure à l'enfant une étroite proximité avec sa mère ou avec une autre personne responsable, ainsi qu'une «base de sécurité» lui permettant d'explorer son environnement.

La majorité des parents s'occupent des besoins physiques fondamentaux de leurs enfants (nourriture, vêtements, chaleur, sommeil, etc.) et de leurs besoins psychologiques (amour, affection, empathie), facilitent leur adaptation sociale (étapes de développement) et orientent leur développement cognitif (environnement stimulant, apprentissage de la résolution de problèmes, préparation à l'école). Il s'agit là des compétences parentales jugées acceptables (Winnicott, 1965).

Ainsi, une formule acceptable d'éducation et de soins des enfants peut répondre aux besoins fondamentaux et psychologiques, sans nécessairement favoriser la formation d'un attachement spécifique à la dyade mère-enfant.

La contribution des parents et des autres fournisseurs de soins au maintien des liens d'attachement n'a pas obtenu toute l'attention nécessaire. Cependant, l'argument selon lequel leurs comportements ont des répercussions directes et indirectes sur la relation d'attachement fait de plus en plus d'adeptes. Carol George et Judith Solomon (1999) prétendent par exemple que la recherche sur l'attachement a réduit les mères au rang de «variables» au lieu de les considérer comme des personnes à part entière.

Un volume imposant de travaux ont été menés sur les représentations mentales ou modèles internes opérants (voir Bowlby, 1973). Par modèles internes opérants, on entend le vécu du nourrisson dans ses interactions avec sa mère (ou un autre fournisseur de soins important). On les interprète comme des représentations internes assez justes des expériences objectives du bébé avec le parent (Bowlby, 1988). Ils englobent les attentes et croyances de l'enfant concernant sa capacité d'être aimé et la disponibilité du parent ou fournisseur de soins, en tenant compte des déterminants sociaux qui influencent les comportements d'attachement et l'expression des émotions (Main, Kaplan et Cassidy, 1985; Cassidy, 1994).

Main et Goldwyn (1994) ont mis au point une méthode complète d'évaluation des schèmes d'attachement chez les adultes, soit le Questionnaire de l'attachement chez l'adulte (QAA). Cette entrevue s'intéresse à l'expérience perçue de l'attachement durant l'enfance et non à l'expérience réelle de l'adulte. Les catégories d'attachement chez l'adulte sont similaires à celles du nourrisson. Les personnes de la catégorie autonome (sécure) ont tendance à valoriser la relation d'attachement et à décrire leurs relations de manière cohérente et constante. Par contre, les adultes préoccupés ont conservé des relents émotifs de leurs relations antérieures d'attachement et leur entrevue est souvent incohérente (Cassidy et Berlin, 1992). Les adultes détachés sont portés soit à idéaliser leurs parents, soit à dévaloriser la relation d'attachement, tandis que les personnes de la catégorie «non résolu» n'arrivent pas à composer avec une perte ou un traumatisme survenu pendant la période d'attachement.

La recherche a confirmé la concordance entre les catégories découlant du QAA et de la situation étrange (Main, 1995). Il y a correspondance, par exemple, entre l'adulte autonome et le nourrisson sécure, entre l'adulte détaché et le bébé évitant, entre l'adulte préoccupé et l'enfant ambivalent.

On n'a pu établir sans l'ombre d'un doute que les parents transmettaient leurs schèmes d'attachement à leur progéniture, ni comment ils le faisaient. Bowlby a proposé que les méthodes habituelles de communication verbale et non verbale influençaient la formation de liens d'attachement sécurisant ou insécures. Il avançait que les parents transmettaient les schèmes d'attachement à leurs enfants par leur manière de répondre à leurs besoins. En plus de leur assurer une base de sécurité, les parents créaient chez leurs enfants une représentation mentale du rôle de parents.

Parmi les enfants maltraités qui sont issus de parents ayant eux-mêmes vécu une expérience traumatisante pendant l'enfance, la transmission héréditaire des schèmes d'attachement semble probable. La recherche indique que la désorganisation de la relation d'attachement serait plus nuisible que la seule expérience traumatisante (Carlson et coll., 1989). Ainsi, le modèle interne transmis lors d'une relation d'attachement désorganisé peut comprendre une combinaison très néfaste de problèmes comportementaux, physiologiques, affectifs ou représentationnels (Crittenden et Ainsworth, 1989).




Limites des parents et autres fournisseurs de soins en matière d'attachement


Le concept de compétences parentales «acceptables» dont un bébé a besoin pour survivre est important. Cela signifie qu'on ne demande pas au parent d'être un parent modèle. On s'attend à ce qu'il offre à son enfant soutien et compréhension et réagisse à ses signaux de détresse ou autres.

Bowlby croyait que les enfants séparés de leur figure d'attachement avaient des réactions émotives particulières. Sa trilogie Attachement et perte, subdivise la perte en trois étapes : la protestation, le désespoir et le détachement. En écrivant cet ouvrage, Bowlby a enrichi notre compréhension du phénomène de deuil; il a tenté d'expliquer des réactions généralisées à la perte d'un être cher (figure d'attachement) et certaines formes inhabituelles de deuil ayant des répercussions sur les compétences parentales. Par exemple, le nouvel immigrant ou le réfugié qui n'a pas terminé son deuil et se retrouve parachuté dans un milieu inconnu pourrait avoir de la difficulté à se conformer aux pratiques parentales «acceptables».

Les études sur l'interaction entre les compétences parentales acceptables, l'attachement et la psychopathologie des parents donnent des résultats mitigés. Les enfants dont la mère souffre de dépression bipolaire présentent des taux élevés d'insécurité et forment, pour la plupart, un attachement désorganisé/désorienté. De la même façon, l'anxiété chez la mère permet de prédire un taux élevé d'insécurité chez l'enfant (Cassidy et coll., 1992). Selon d'autres observations importantes, les taux d'insécurité des enfants de mères légèrement déprimées se comparent à ceux de groupes témoins (Radke-Yarrow et coll., 1985). Comme la dépression et l'anxiété sont des maux passablement courants parmi les mères nouvellement immigrées, ces études semblent pertinentes.

Les parents qui consomment une grande quantité d'alcool ou d'autres drogues créent une situation problématique. Le parent qui s'absente en raison d'une invalidité physique ou mentale, d'une hospitalisation ou simplement de son mode de vie élève son enfant de manière incohérente et désordonnée. Sans compter que la consommation d'alcool ou de drogues pendant la grossesse risque de perturber le développement du fœtus. Bien que le parent soit capable de s'occuper de son enfant lorsqu'il ne consomme pas, la nature imprévisible des soins reçus par le nouveau-né engendre un attachement insécure.

Les chercheurs se sont aussi penchés sur les types d'attachement et les pratiques parentales observés chez des adolescents responsables d'enfants (East et coll., 1994; McAnarney et Lawrence, 1986; Teberg et coll., 1983).

Cette analyse n'a pas l'envergure nécessaire pour passer en revue l'ensemble des psychopathologies possibles chez les parents. Les exemples choisis sont représentatifs des principaux groupes culturels canadiens.



Correspondance entre les pratiques parentales et les types d'attachement

Le réseau interpersonnel se bâtit à partir de quelques relations fondamentales qui se complexifient avec l'ajout d'éléments comme le développement affectif et cognitif, la résolution des conflits, les relations avec les pairs et le développement de la conscience (valeurs morales). Les pratiques parentales influent sur ce processus, sous l'impulsion des normes et croyances socioculturelles (voir le diagramme 1). Bref, une combinaison de comportements d'attachement et de pratiques parentales façonnent les premières relations fondamentales de l'enfant.

L'analyse du rôle parental et des soins fournis se fait de plusieurs façons. Les principaux facteurs associés aux compétences parentales «acceptables» auront inévitablement une influence sur les relations d'attachement. Voici les facteurs les plus influents : intuition, attitudes, attributions et croyances des parents, compétences parentales apprises, normes parentales culturelles et sociétales, caractéristiques familiales et sociales comme le soutien de la famille étendue, la pauvreté ou le chômage. II est possible d'étudier chacun ou l'ensemble de ces facteurs dans une perspective interculturelle.





Cadre d'analyse interculturelle des comportements d'attachement et pratiques parentales

Parmi les nombreuses définitions du terme «culture», les deux énoncés suivants reflètent plus précisément l'interprétation des auteurs de ce document. La culture désigne les connaissances, expériences, croyances, valeurs, attitudes, significations, hiérarchies, religions, notions du temps, rôles, relations spatiales, conceptions de l'univers, objets et possessions matérielles qu'ont acquis individuellement ou collectivement les membres d'un groupe de génération en génération (Samovar et Porter, 1994). Anderson et Fenichel (1989) définissent la culture comme un cadre qui oriente et relie les pratiques de la vie quotidienne; il ne sert pas à régir les comportements ou caractéristiques, mais plutôt à filtrer et à vérifier les gestes courants de chaque individu. Notons cependant que ces cadres culturels évoluent et sont révisés constamment.

L'inclusion d'aspects culturels à l'analyse des méthodes parentales des immigrants ne va pas sans complications. Dans la plupart des cultures, le rôle des parents change entre les générations en fonction de l'évolution globale de la société et de l'environnement familial (p. ex. émergence des familles monoparentales, familles reconstituées, utilisation de services d'aide extérieurs pour prendre soin des enfants, adoption interraciale, parents du même sexe, recours aux mères-porteuses). Ces changements peuvent survenir très rapidement dans un nouveau pays.

Étant donné l'augmentation des mouvements transfrontières et la grande diversité des immigrants qui s'établissent dans des pays comme le Canada, le milieu scientifique commence à s'intéresser aux aspects interculturels des comportements d'attachement. Les études sur les relations entre les nourrissons et leurs fournisseurs de soins ont fait ressortir la complexité de nombreux comportements et types d'attachement. De par leur dynamisme, les cultures ne présentent pas d'uniformité sur le plan des attitudes, croyances et pratiques de leurs membres. En outre, les nouvelles idées affluent sans cesse. Même dans les pays d'origine où prédominent certaines cultures, on ne trouve pas nécessairement de pratiques parentales ou de comportements d'attachement à la fois constants et uniformes.

Ce qui soulève les questions suivantes : De quelle façon les habitudes parentales du Canada, où cohabitent de nombreuses cultures, sont-elles appelées à changer? Quelles sont les attitudes, croyances, valeurs et pratiques que conserveront de leur culture d'origine, le cas échéant, les minorités ethniques canadiennes? Quelles sont les répercussions des changements sur le plan des circonstances et réseaux familiaux sur ces pratiques?

Malheureusement, les études qui ont mesuré les répercussions des pratiques, attitudes ou croyances culturelles des parents sur la formation de l'attachement sont plutôt rares et ont une portée limitée.

Le diagramme ci-après résume l'influence des normes socioculturelles et des pratiques parentales sur les relations d'attachement selon la documentation étudiée. C'est en quelque sorte un cadre schématisé qui permet d'explorer les interactions complexes des valeurs, croyances ou pratiques culturelles et d'autres facteurs. Il montre que la première relation du nourrisson sert de fondation à son développement affectif et cognitif, à la résolution des problèmes interpersonnels, à l'établissement de liens avec ses pairs et au développement de sa conscience.


DIAGRAMME 1 DISPONIBLE SEULEMENT EN ANGLAIS

Pour élaborer une approche ou un cadre interculturel, on doit d'abord déterminer les valeurs, croyances et pratiques parentales similaires et divergentes entre les groupes culturels ou au sein du même groupe culturel. Les travaux actuels sur l'attachement, surtout axés sur le développement de la première relation importante entre le parent et l'enfant, nous aident à situer les pratiques parentales «acceptables» dans une perspective culturelle. Il s'agit alors d'analyser les influences culturelles observées dans le pays d'origine et leur expression à long terme dans la culture dominante et au sein des familles de nouveaux immigrants ou de réfugiés.




Études culturelles et interculturelles des pratiques parentales

Un certain nombre d'études sur les différences et les similitudes entre les pratiques parentales de diverses cultures sont mentionnées dans la documentation sur l'attachement et la bibliographie de ce rapport. On ne peut cependant déterminer dans quelle mesure leurs conclusions s'appliquent aux pratiques d'attachement des différentes cultures établies au Canada, mais elles permettent néanmoins d'élaborer des hypothèses pour la recherche future dans le domaine. En voici quelques exemples.

Wang (1995) a mené une étude interculturelle de 409 dyades mères-nourrissons (38 au Japon, 100 à Taiwan et 271 aux États-Unis) afin de comparer la quantité et le type d'interactions des trois groupes culturels. Les variables suivantes présentaient des différences significatives : proximité, habillement, apaisement, jeu, lecture, façon de porter l'enfant, comportement envers l'enfant pendant son sommeil.

Bornstein et ses collaborateurs (1998) ont examiné et comparé les idées que se faisaient des femmes argentines, belges, françaises, israéliennes, italiennes, japonaises et américaines sur le rôle de parent. Ces mères d'un bébé de 20 mois ont évalué leurs compétences, leur satisfaction, leur investissement et le partage des tâches, puis déterminé en quoi le succès ou l'échec de sept tâches parentales était attribuable à leurs capacités, à leurs efforts, à leur humeur, à la difficulté de la tâche ou au comportement de l'enfant. Les chercheurs ont constaté peu de similitudes interculturelles. Les auto-évaluations et les attributions des parents par rapport à leur rôle jettent la lumière sur leurs motivations et sur le contexte global du développement infantile.

Lors d'une étude interculturelle auprès de 60 dyades observées dans leurs jeux à leur domicile, Fernald et Morikawa (1993) ont tenté d'approfondir les caractéristiques universelles et les variations culturelles entre les paroles qu'adressaient des mères américaines et japonaises à leurs enfants de 6, 12 et 19 mois. Dans les deux cultures, le discours des mères se caractérisait par la simplification linguistique, les répétitions fréquentes et les adaptations selon l'âge du bébé. Les chercheurs ont observé des différences culturelles sur le plan du mode d'interaction et des croyances concernant l'éducation des enfants; ces différences influaient sur la structure et le contenu des paroles adressées aux nourrissons. La mères américaines, par exemple, nommaient les objets plus souvent et de manière plus uniforme que les mères japonaises qui, en revanche, se servaient davantage des objets pour interagir avec leur enfant. Minami et ses collaborateurs (1995) se sont penchés, quant à eux, sur les variations entre les styles narratifs empruntés par des familles japonaises et américaines.

Cheung et Liu (1997) ont conçu et mis à l'essai un modèle pour expliquer l'interdépendance entre la détresse des parents et les problèmes d'adaptation des enfants, ainsi que les conséquences du stress, de l'acceptation, du soutien social ou les tensions au sein des familles monoparentales de Hong Kong. Selon leurs observations, la détresse des parents n'avait pas de répercussion significative sur l'acceptation des enfants.

À l'aide de la technique du «visage impassible», Kisilevsky et ses collègues (1998), de l'école de sciences infirmières à l'Université Queen's, ont mené des études en Chine auprès de 40 nourrissons de trois à six mois, puis comparé leurs résultats aux conclusions d'études précédentes auprès de nouveau-nés canadiens. Même si les nourrissons chinois prenaient plus de temps à sourire par suite d'une interaction avec leur mère et que le comportement des mères variait quelque peu pendant l'interaction, les bébés des deux cultures réagissaient de la même manière.

Dans le cadre d'une étude sur les pleurs des nourrissons, Lee (1994) a étudié 160 bébés coréens âgés de un à six mois. Comparant ses résultats à ceux des études effectuées en Occident, il a découvert que les nourrissons coréens pleuraient moins longtemps et étaient plus longtemps dans les bras de leur mère ou en contact étroit avec elle. De plus, aucun d'entre eux n'avait de coliques.

Dans le cadre d'une étude sur les pleurs des nourrissons, Lee (1994) a étudié 160 bébés coréens âgés de un à six mois. Comparant ses résultats à ceux des études effectuées en Occident, il a découvert que les nourrissons coréens pleuraient moins longtemps et étaient plus longtemps dans les bras de leur mère ou en contact étroit avec elle. De plus, aucun d'entre eux n'avait de coliques.

Chen et ses collaborateurs (1988) de l'Université Western Ontario ont étudié l'inhibition chez des bambins chinois et canadiens, de même que l'attitude de leur mère envers l'éducation des enfants. Ils ont conclu que les enfants chinois étaient sensiblement plus inhibés que les petits canadiens. Contrairement au Canada, il semble en effet que l'inhibition ait une corrélation positive avec l'attitude chaleureuse et l'acceptation de la mère dans la culture chinoise. L'inhibition pourrait donc jouer un rôle différent dans l'adaptation des bébés des deux cultures.

Odebiyi (1985) a rapporté des méthodes d'éducation variées chez des mères nigérianes scolarisées et non scolarisées qui allaitaient leur enfant. Après quatre ans de recherche sur le terrain auprès des membres de deux communautés (les Foulanis de Haute-Volta et leurs anciens esclaves, les Riimaaybes), Riesman (1983) a examiné l'influence des méthodes d'éducation et des pratiques parentales sur la formation de la personnalité. Selon ses observations, les méthodes d'éducation se sont avérées identiques dans les deux groupes, sans rapport avec les différents types de personnalité.

Voici la provenance des autres études interculturelles examinées : Malaisie (Banks, 1989), Turquie (Bengi-Arslan et coll., 1997), Pakistan (Burton-Jeangros, 1995), Afrique (Campinha-Bacote, 1991; Chase-Lansdale et coll, 1994; Skuy et coll., 1997; Wakschlag et coll., 1996; Wolfe et Ikeogu, 1996), Chine (Chao, 1983; 1994), Mexique (Corral-Verdugo et coll., 1995; Fox et Solis-Camara, 1997), Haïti et Cuba (DeSantis et Thomas, 1994), Guyane (DeYoung et Zigler, 1994), Égypte (Wachs et coll., 1993), Grèce (Diareme et coll., 1997), Grande-Bretagne (Field et Pawlby, 1980), Israël (Goshen-Gottstein, 1980; Oppenheim, 1998), Soudan (Grotberg et coll., 1987), Puerto Rico (Harwood, 1992, 1996), pays hispaniques (Lequerica et Hermosa, 1995; Schachter et coll., 1989), Inuit (MacDonald-Clark et Boffman, 1995), Autochtones d'Amérique du Nord (Phillips et Lobar, 1990; Seideman et coll., 1994), Palestine (Merizian, 1991), Inde (Sharma et LeVine, 1998). Les auteurs suivants se sont penchés sur des facteurs culturels plus généraux : Choi, 1986; Fernand et coll., 1989; Levinson et coll., 1984; McKenna et coll., 1993; Nihira et coll., 1994; Nicci, 1997; Pfeiffer et Aylward, 1990; Reyes et coll., 1991; Roe et Drivas, 1993; Roll, 1998; Shand, 1981; Van Der Zwaard, 1992; Wasserman et coll., 1990; Sameroff et coll., 1982; Laroche, 1996).

The dilemmas with this literature are mentioned in several studie:

1) Les principaux outils et méthodes d'évaluation n'ont pas été suffisamment validés. Il est donc délicat de tirer des conclusions fondées sur la grande variété d'études individuelles et interculturelles des pratiques, attitudes ou croyances des parents et leur l'influence sur les relations d'attachement.

2) Puisque la majorité des outils de mesure sont conçus pour des études auprès de parents et d'enfants européens ou nord-américains, elles ne sont pas nécessairement valides pour les autres groupes culturels (Judith et Solomon, 1999; De Wolff et van Ijzendoorn, 1997; Nugent, Lester et Brazelton, 1991; Akaragian et Dewa, 1992; Hayes, 1996; Stevenson-Hinde, 1998).

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Groupes ethnoculturels au Canada

Selon le recensement national de 1996 [3], les plus importants groupes ethnoculturels du Canada sont les suivants:

a) Le groupe culturel dominant, c'est-à-dire la combinaison de premiers immigrants d'Europe de l'Ouest et de Grande-Bretagne qui composent la majorité de la population canadienne et qui parlent maintenant anglais ou français;

b) Les principaux groupes ethnoculturels - Chinois, personnes originaires de l'Asie méridionale [4] et Noirs [5] - représentent 60 p. 100 de la population nationale de «minorités visibles» qui compte 3,2 millions de personnes;

c) La population des Premières nations comprend environ 1 million de familles de descendance autochtone.

d) d) Les autres groupes ethnoculturels - originaires des pays arabes, de l'Asie occidentale [6], des Philippines, de l'Amérique latine, de l'Asie du Sud-Est [7], du Japon et de la Corée - représentent chacun au moins deux à huit p. cent de la population des «minorités visibles» et atteignent au total un peu moins d'un million de personnes.

Dans les minorités visibles identifiées par le recensement, une personne sur cinq a immigré récemment (depuis 1991) au Canada et environ une personne sur trois est née au Canada, proportion qui varie grandement selon le groupe examiné et les mouvements historiques d'immigration. C'est pourquoi tout cadre d'étude interculturelle doit également tenir compte des tendances intergénérationnelles.


[3] Lors du rencensement de 1996, on demandait aux répondants d'indiquer leur origine ethnique (ancestrale) en leur fournissant 24 exemples dont le Canada. Au total, 5,3 millions de personnes (19 p. 100 de la population) se disaient d'origine canadienne uniquement, tandis que 3,5 millions de personnes (12 p. 100) se disaient d'origine canadienne mixte. Les répondants faisaient partie d'une «minorité visible» s'ils n'étaient pas autochtones, caucasiens ou de race blanche. Le recensement a établi à 11,2 p. 100 la proportion de minorités visibles au Canada.

[4]Dans le recensement, les pays de l'Asie méridionale sont l'Inde, le Pakistan, le Bangladesh, l'Afghanistan, le Sri Lanka, le Myanmar (anciennement la Birmanie), le Népal et les États himalayens.

[5] Ce terme figurait dans le recensement de 1996, à la question sur l'appartenance à une minorité visible du Canada.

[6] Les pays de l'Asie occidentale sont le Kurdistan, Israël, la Turquie, l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Syrie, le Liban, la Palestine, la Jordanie, la péninsule arabique, l'Iraq et l'Iran..

[7]Les pays de l'Asie du Sud-Est sont la Birmanie (Chine), le Vietnam, le Laos, la Thaïlande, le Cambodge, la Malaisie, Singapour, l'Indonésie, les Philippines, Hong Kong et Taïwan.

 



Éléments culturels du rôle parental

Par valeurs culturelles, on entend les conceptions fondamentales des caractéristiques jugées souhaitables chez l'individu et chez l'ensemble d'un groupe (Gollnick et Chinn, 1990). Les valeurs contribuent en grande partie au sentiment d'identité d'une personne et à ses façons typiques de percevoir et de ressentir les choses, de penser et de se comporter. Par exemple, l'individualisme constitue l'une des valeurs souvent citées en Amérique du Nord, par opposition à l'Afrique, à l'Asie, à l'Amérique latine et aux pays de la région du Pacifique, qui privilégient la communauté (Triandis, Brislin et Hui, 1988).

La nature dynamique de toute culture ne peut être appréciée pleinement s'il l'on ne prend pas en considération le phénomène d'acculturation. Ce dernier désigne le processus conflictuel par lequel un immigrant renonce à ses attitudes, valeurs et comportements d'origine pour assimiler ceux de la communauté d'accueil jusqu'à ce qu'il parvienne à un mélange optimal d'éléments des deux cultures (Salgado de Snyder, 1987). L'exposition de certains membres au milieu scolaire ou professionnel peut engendrer des degrés inégaux d'acculturation au sein d'une famille et entraver l'adaptation à la culture d'accueil. Le Centre de santé pour les femmes s'emploiera d'ailleurs à cerner l'influence de l'immigration et de l'acculturation sur l'attachement.



CONCLUSION


Cette analyse a permis de démontrer toute l'ampleur de la documentation interculturelle sur l'attachement parents-enfants, qu'il s'agisse d'études générales ou de recherches portant explicitement sur des cultures et groupes ethnoculturels. On ne peut cependant déterminer dans quelle mesure leurs conclusions s'appliquent au contexte canadien..



Problèmes méthodologiques

Deux problèmes méthodologiques majeurs ont été relevés dans la documentation sur l'attachement:

1) Les principaux outils et méthodes d'évaluation n'ont pas été suffisamment validés et beaucoup de recherches ont été menées dans des milieux artificiels. Il est donc délicat de tirer des conclusions fondées sur la grande variété d'études individuelles et interculturelles des pratiques, attitudes ou croyances des parents et leur influence sur les relations d'attachement.

2) Comme l'indiquent beaucoup d'études, la majorité des outils de mesure sont conçus pour les études auprès de parents et d'enfants européens ou nord-américains et ne sont pas nécessairement valides pour les autres groupes culturels (Judith et Solomon, 1999; De Wolff et van Ijzendoorn, 1997; Nugent, Lester et Brazelton, 1991; Akaragian et Dewa, 1992; Hayes, 1996; Stevenson-Hinde, 1998).

Qu'il s'agisse de recherche expérimentale ou théorique, on doit reconnaître que le choix des éléments mesurés, observés et étudiés dépend de l'éclairage sous lequel une personne ou une discipline voit le monde qui l'entoure et son secteur d'étude particulier. Ce principe s'applique aussi aux personnes qui interprètent ou analysent l'ensemble des renseignements recueillis dans le cadre des études. La politique, la philosophie et les normes sexuelles, sociétales et culturelles peuvent toutes influencer les chercheurs et la méthodologie scientifique de manière flagrante ou subtile. C'est sans compter le financement accordé à certains types de recherche et le niveau de compétence culturelle exigé par toute recherche ou analyse interculturelle qui, eux aussi, pèsent lourd dans la balance.

La plupart des travaux sur la théorie de l'attachement, de même que les mesures et méthodes utilisées, ont été élaborés sous l'éclairage culturel du milieu scientifique américain ou européen et sous l'éclairage sectoriel de la psychiatrie, de la psychologie et de la pédiatrie. Il est impossible d'évaluer l'impact de ces différents éclairages, en particulier dans les recherches menées sur d'autres cultures. En dépit de la validité probable des travaux effectués ailleurs qu'en Amérique du Nord, il ne faut pas présumer de leur applicabilité.



Lacunes de la documentation

La documentation sur l'attachement comporte des lacunes majeures. Elle aborde peu, par exemple, l'influence potentielle du sexe des enfants, du niveau de scolarité, de la situation professionnelle et du revenu des parents, du statut de la femme dans la société étudiée, de la responsabilité partagée des enfants, de la présence de plusieurs nourrissons ou tout-petits au sein d'une famille, de l'habitat et la de nature changeante de la cellule familiale. L'application à d'autres cultures des instruments de mesure conçus pour l'observation de nourrissons et de familles européennes ou américaines demeure problématique. Comme la théorie de l'attachement n'est répandue et acceptée que depuis une dizaine d'années, on commence tout juste à intégrer ces connaissances aux théories générales sur le développement infantile et le système familial.

Cette analyse documentaire met en valeur la primauté des relations d'attachement et leur rôle crucial dans le développement de l'enfant. Pour assurer le bien-être futur de toutes les familles et communautés canadiennes, il importe donc de bien comprendre les facteurs sociaux et culturels qui influencent les pratiques parentales, lesquelles déterminent ensuite la qualité de la relation d'attachement. Il y a encore beaucoup de pain sur la planche dans ce domaine.



Commentaires et réflexions des auteurs

La documentation analysée pour le présent rapport est unanime : l'attachement sécurisant entre le nourrisson et la mère constitue la forme idéale que doit prendre la première relation, qui se forme au cours des premiers mois et des premières années de la vie. Dès sa naissance, l'enfant doit sentir qu'il est aimé et qu'il peut explorer son environnement en toute sécurité en s'appuyant sur une base de sécurité; ce sont là des besoins que doit combler sa relation avec ses parents ou autres fournisseurs de soins, et ce, dans n'importe quelle culture.

On peut donc en conclure que l'enfant doit pouvoir prendre appui sur sa relation d'attachement sécurisant pour s'adapter aux conditions de vie du Canada. Comme ces premières relations s'intègrent habituellement à un réseau social probablement fragmentaire ou simplement absent chez les familles d'immigrants, la protection sociale dont jouissaient les parents dans leur culture d'origine doit être repensée et recréée dans leur pays d'adoption. Pour ce faire, bon nombre de famille d'immigrants remplacent l'aide normalement fournie par la famille et l'entourage par d'autres mécanismes de soutien formels et informels.

La documentation suggère que les croyances et attitudes des immigrants par rapport à l'éducation des enfants changent très peu, mais que les pratiques parentales se rapprochent graduellement des normes de la culture dominante. Au Canada, les résidants de longue date et les immigrants récents sont libres d'adopter, en totalité ou en partie, le système de valeurs de la culture principale. Ils doivent aussi avoir l'occasion de mettre en pratique et de partager les compétences parentales intuitives ou acquises qui sont propres à leur culture ou pays d'origine. N'oublions pas cependant que les valeurs culturelles et les pratiques familiales et parentales divergentes peuvent avoir des répercussions positives ou négatives sur l'attachement.

Outre les difficultés méthodologiques fondamentales et ses lacunes considérables, la documentation sur l'attachement ignore un grand nombre de questions techniques. Par exemple, elle n'aborde pas explicitement la qualité de la «sécurité émotive» dans la relation d'attachement sécurisant. En fait, ce type de relation n'est pas nécessairement sécurisant dès le premier contact du nouveau-né avec sa mère. Voici d'autres exemples des questions qui restent à explorer : À quel type d'équilibre doit-on arriver en matière d'attachement? Quelles sont les périodes critiques? Diffèrent-elles d'une culture à l'autre?

Si l'on considère la multitude de personnes qui émigrent au Canada chaque année, l'éducation des tout-petits a d'importantes répercussions sur le bien-être futur de l'ensemble des habitants, des communautés et du pays.

Voici quelques points qui devraient être pris en considération:

1) Étant donné l'importance accordée à l'égalité des chances par les Canadiens et Canadiennes, il faut privilégier le fonctionnement optimal des enfants sur le plan physique, psychologique et cognitif.

2) Les dyades d'immigrants canadiens qui ont formé un attachement sécurisant ont peut-être beaucoup à nous apprendre; leurs modes d'interaction, encore méconnus dans la société nord-américaine, leur ont permis de s'adapter efficacement à leur culture d'adoption.

3) Les modes de fonctionnement acquis ne favorisent pas toujours l'adaptation à un nouveau milieu culturel ou aux transformations de la société.

4) Les bébés d'aujourd'hui sont les décideurs de demain. La documentation fait état de nombreuses spéculations et inquiétudes concernant le nombre d'enfants évitants qui composeront la société nord-américaine. C'est pourquoi la prévention peut être préférable à l'adoption des schèmes d'attachement de la culture dominante.

5) La réceptivité aux signaux de l'enfant et la continuité des soins donnés par la principale figure d'attachement (généralement la mère) évoluent à un rythme différent selon la culture. Les périodes critiques de transition peuvent perturber la sécurité émotionnelle d'un nourrisson. D'où la nécessité d'explorer les pratiques interculturelles utilisées pour perpétuer le sentiment de sécurité du nourrisson (certitude d'être aimé) pendant ces périodes.



Antécédents et rôles des auteurs

La Dre Pratibha Reebye et Susan Ross ont effectué la majeure partie des recherches pertinentes à ce rapport:

La Dre Pratibha Reebye , psychiatre, travaille à la clinique de santé mentale du nourrisson de l'Hôpital pour enfants de Vancouver (Colombie-Britannique). Elle est consultante auprès du ministère des Enfants et de la Famille de sa province, et donne également des cours sur l'attachement à l'Université de la Colombie-Britannique. Originaire des Indes orientales, la Dre Reebye a passé sa petite enfance en Inde et à Maurice, avant d'émigrer au Canada. Comme elle réside dans un foyer réunissant trois générations et a des frères et sœurs dans d'autres pays, la Dre Reebye a une expérience directe des questions interculturelles abordées dans ce rapport.

Susan Ross est une canadienne de quatrième génération de descendance britannique, dont les ancêtres ont colonisé l'Ouest canadien. Elle possède de l'expérience en nutrition, en soins de santé et en épidémiologie.

Kathleen Jamieson, directrice des programmes du SPARC, a révisé le présent rapport. Elle a émigré au Canada à l'âge adulte, après avoir vécu et travaillé dans plusieurs pays. Elle possède de l'expérience en sociologie, en anthropologie et en recherche sur les politiques sociales. Les trois chercheuses mentionnées ont des enfants ou des petits-enfants.

Jason M. Clark, diplômé universitaire en psychologie et en travail social, a fourni de l'aide technique et rédactionnelle.

 


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