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        propos du projet

Croyances, valeurs et pratiques 

Impact de l'émigration

Centre de ressources

Similitudes et différences sur le plan des croyances, valeurs et pratiques d’attachement

Les résultats de nos recherches confirment les observations anecdotiques recueillies dans le cadre du programme : il existe à la fois des similitudes et des différences sur le plan des croyances, valeurs et pratiques d'attachement des parents originaires de pays variés. Comme la documentation sur l'attachement reconnaît déjà le caractère universel du lien d'attachement entre les enfants et les personnes qui en prennent soin, la présence de similitudes n'a donc rien d'étonnant. Les variations observées entre les cultures concernent davantage les comportements spécifiques adoptés par les enfants pour susciter les réactions désirées de leurs fournisseurs de soins et les pratiques employées par les parents pour favoriser l'attachement sécurisant de leur enfant.

Pour comprendre l'étendue de ces similitudes et différences, il faut considérer les éléments suivants : a. facteurs qui influencent les croyances, les valeurs et les pratiques d'attachement; b. croyances et valeurs relatives à l'attachement; c. pratiques exemplaires en matière d'attachement.

  1. Facteurs qui influencent les croyances, les valeurs et les pratiques d'attachement
  2. Croyances et valeurs relatives à l'attachement
  3. Pratiques exemplaires en matière d'attachement
















Facteurs qui influencent les croyances,
les valeurs et les pratiques d'attachement

Chaque pays comprend une variété de groupes culturels qui appliquent chacun une variété de pratiques différentes. Même dans les pays dominés par certains groupes culturels, l'éducation des enfants et les pratiques d'attachement ne sont pas nécessairement cohérentes ni uniformes. Les différents facteurs qui influencent les croyances, les valeurs et les pratiques d'attachement expliquent cette diversité au sein des groupe culturels.

Les parents qui ont pris part à cette étude ont mentionné un certain nombre de facteurs déterminants, qui sont décrits ci-après. Ces descriptions s'accompagnent d'observations préliminaires sur leurs conséquences pour l'élaboration de programmes.


Intuition des parents

Selon un grand nombre de parents d'origines diverses, l'instinct fait partie intégrante de l'éducation des enfants et figure dans la définition de l'attachement fournie dans la documentation théorique. Cette composante instinctive exclut évidemment le recours à des personnes de l'extérieur (p. ex. membres de la famille ou professionnels).

L'attachement désigne la relation réciproque entre les nouveau-nés et les personnes qui en prennent soin. Ainsi, le nourrisson recherchera instinctivement la sécurité et la protection de son fournisseur de soins (mère, père ou autre) qui, à son tour, tentera instinctivement de protéger et de réconforter l'enfant. Cette réceptivité mutuelle crée une base solide qui concourt au développement sain de l'enfant

Par contre, les pratiques parentales fondées exclusivement sur l'instinct ne sont pas toujours fiables ni facilement modifiables. Outre leur instinct, les parents ont dit utiliser des pratiques d'éducation apprises d'autrui.



Pratiques parentales apprises

Les pratiques parentales s'acquièrent de manière structurée ou spontanée. Les parents interrogés ont déclaré que l'apprentissage spontané (qui découle de leur propre expérience ou de celle des membres de leur famille, des amis et de la communauté) était leur principal moyen de se familiariser avec l'éducation des enfants dans leur pays d'origine. Les membres de la famille, en particulier les parents, figuraient parmi les sources majeures d'apprentissage. Beaucoup de parents ont commencé leur apprentissage pendant leur enfance ou leur adolescence, alors qu'ils prenaient soin de frères et sœurs, cousins, nièces et neveux plus jeunes, puis ont demandé conseil à leur famille lorsqu'ils ont eu des enfants à leur tour.

Privées de l'accès à leurs mères, aux membres de leur famille et à d'autres ressources de la communauté, les femmes ayant accouché de leur premier enfant après leur arrivée au Canada ont affirmé ne pas trop savoir comment combler leurs propres besoins et ceux de leur bébé. Elles ne se sentaient donc pas à la hauteur de leur nouveau rôle de mère. En revanche, les femmes qui ont émigré au Canada avec leurs enfants ont davantage confiance en leurs capacités, car elles ont eu la chance de profiter de l'expérience de leur mère, de leur famille et de leur communauté avant d'arriver au Canada. Que leurs enfants aient vu le jour au Canada ou dans leur pays d'origine, un grand nombre d'immigrantes imitent consciemment ou inconsciemment ce qu'elles apprennent de leur mère, famille et communauté durant leur enfance.

" J'ai appris beaucoup de choses de mes parents. Je transmets donc à ma fille ce que j'ai retiré de mes parents. Ma mère m'a montré comment la transporter dans une écharpe et la calmer en lui chantant des chansons. "
(participante de Vancouver, C.-B.)

Beaucoup de mères ont dit préférer cette forme d'apprentissage, qui privilégie l'expérience à l'éducation formelle, et la tradition verbale à la transmission d'information par écrit.

En l'absence de structures familiales et traditionnelles de soutien, les mères font leur apprentissage en partageant leurs expériences respectives. D'après les fournisseurs de services consultés, le soutien par les pairs (y compris l'aménagement de lieux de rencontre informels à l'intention des mères) favorise grandement l'apprentissage. Parallèlement, certaines mères reconnaissent les limites inhérentes à l'apprentissage spontané. Même si elles ont déjà des enfants, elles admettent ne pas avoir nécessairement les solutions aux problèmes qui surgissent en cours de route.

L'apprentissage structuré se fait dans les écoles, les cours et les bureaux des professionnels, ou au moyen de lectures. Les parents interviewés ont déclaré qu'il constituait leur principale forme d'apprentissage au Canada. Nombre d'entre eux ont d'ailleurs recours à l'apprentissage structuré en raison de l'insuffisance des mécanismes de soutien informels au Canada. Pour quelques parents, ce mode d'apprentissage ne convient pas à leur niveau ou type d'expérience, ou ne correspond pas à leur façon de faire. Ils ont plutôt coutume de demander spontanément l'aide de leur famille et de leurs amis, qui se fient à leur expérience personnelle.

" Au Canada, le programme-type d'acquisition de compétences parentales se donne en anglais ou en français, a une approche condescendante envers les parents et cible les membres de la population dominante de classe moyenne. Il ne convient pas, par exemple, à une Soudanaise mère de six enfants qui a déjà beaucoup d'expérience. "
(fournisseur de services de Halifax, Nouvelle-Écosse)

Mais la plupart des mères immigrantes ou réfugiées ont besoin d'un certain soutien pour remplacer celui qu'elles ont perdu en émigrant au Canada et pour les aider à assumer leur rôle de parent au Canada. Quelques mères ont dit avoir appris à prendre soin de leurs enfants et à développer une relation positive avec eux grâce aux programmes offerts par les centres communautaires. Selon elles, ces organismes communautaires sont essentiels parce qu'ils remplacent le soutien normalement obtenu de la famille.

" Nous n'avons pas de parenté ni de cousins ici. Le centre nous donne beaucoup d'aide et la confiance nécessaire pour prendre soin de nos bébés. Ces services nous sont très utiles et assurent à nos enfants un avenir meilleur. En grandissant, ils continueront d'apprendre et se sentiront assez bien au Canada pour avoir envie d'y rester. Les mères auront aussi envie de rester. " (participante de Toronto, Ontario)

Les mères de famille se servent également de la lecture pour se familiariser avec l'éducation des enfants, que ce soit dans leur pays d'origine ou au Canada. Elles préfèrent la documentation écrite sous forme de dépliants, de brochures ou de feuillets qu'elles peuvent consulter au besoin. Les parents ont dit apprécier au plus haut point les renseignements disponibles dans leur langue maternelle.



Antécédents des parents en matière d'attachement

La quasi-totalité des femmes qui ont recours à des services souhaitent apporter des changements à leur vie, en particulier dans le domaine de l'éducation des enfants. Certaines participantes à l'étude ont reçu beaucoup d'affection et d'amour de leurs parents, et se sont efforcées d'en faire autant avec leurs enfants. D'autres, par contre, ont parlé des difficultés de lutter contre des générations de mauvaises pratiques parentales.

" Mon père était un homme très affectueux et aimant. Je me disais qu'il venait sûrement d'une culture et d'un pays extraordinaires pour donner autant d'amour et d'affection, et être si compréhensif. Il m'a montré à avoir confiance en moi. C'est pour cela que je l'aimais tellement. Il prenait soin de moi, me donnait toute son attention et son amour.
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)

Quelques-unes des mères interviewées ont été abandonnées par leurs parents et élevées par leurs grands-parents ou d'autres membres de leur famille. D'autres ont été victimes de négligence ou de violence parentale. Certaines participantes ont expliqué que leurs parents étaient extrêmement sévères ou ne passaient jamais de temps avec elles. D'autres encore ont indiqué qu'ils ne leur donnaient pas d'affection, les surprotégeaient ou ne s'intéressaient pas à leurs activités scolaires.

" L'éducation que m'ont donnée mes parents n'était pas exemplaire. Ils n'agissaient pas nécessairement pour mon bien… ils m'insultaient, me battaient, me rabaissaient. "
(participante d'Edmonton, Alberta)

Nombre de ces mères voulaient éviter de reproduire les comportements nuisibles de leurs parents, malgré les défis que cela soulevait.

" Je me bats constamment contre ce genre de négativisme. J'essaie d'avoir une attitude positive avec mes enfants, mais c'est difficile de se débarrasser des idées négatives qui sont en moi. Il faut que je rejette ce que mes parents m'ont appris. "
(participante de Montréal, Québec)

Certaines mères reconnaissent les comportements négatifs profondément enracinés qui affectent la formation d'un lien d'attachement sécurisant avec leurs enfants, mais également le succès de leurs propres efforts pour combattre ces comportements. Elles ont d'ailleurs souligné l'importance d'être disponibles pour leurs enfants et de leur montrer de l'affection, attentions dont elles ont malheureusement été privées.

" Lorsque j'étais petite, je savais que mes parents nous aimaient, même s'ils ne le disaient jamais, ne nous donnaient pas d'affection et ne nous serraient pas dans leur bras. Il faut dire à nos enfants qu'on les aime, leur porter attention, les écouter, les prendre, leur donner de l'affection. "
(participante d'Edmonton, Alberta)



Normes d'éducation culturelles et sociétales

Les conditions considérées acceptables dans l'environnement des parents et des enfants influencent également les pratiques d'attachement. Il existe dans toute société une culture dominante - fondée sur les valeurs et croyances des personnes à la tête des sphères politique et culturelle - que l'on remet rarement en question. Les gens ressentent généralement l'obligation explicite ou implicite de se conformer aux normes de la culture dominante.

Par exemple, dans beaucoup d'autres pays, il est tout à fait normal d'allaiter en public ou de transporter un bébé dans une écharpe. Les femmes de ces pays se sentent donc très à l'aise de le faire. Mais comme ces pratiques ne sont pas aussi courantes au Canada, quelques mères se sont déclarées mal à l'aise de les employer ici.

" Si la petite est agitée, je la transporte sur mon dos. Je peux le faire à la maison, mais ici, une agente de police m'a déjà donné un avertissement. Je lui ai expliqué que, dans mon pays, on portait les bébés sur le dos et que c'était parfaitement normal. Elle n'a rien voulu comprendre. "
(participante de Hamilton, Ontario)

Plusieurs mères sont tellement persuadées des bienfaits de leurs pratiques culturelles d'attachement qu'elles continuent à les employer même si la culture environnante les voit d'une mauvais œil.

" On m'a conseillé de sevrer mon bébé d'à peine cinq mois parce qu'il n'était pas convenable d'allaiter dans l'autobus ou le métro. Moi, ça ne me dérangeait pas. Dans mon pays, j'ai allaité mes enfants jusqu'à l'âge de deux ans. Peut-être que cela embarrasse les gens d'ici, mais pas moi. "
(participante de Toronto, Ontario)



Religion

La majorité des cultures intègrent des pratiques spirituelles. Même si la dimension sacrée n'est pas interprétée de la même manière par tous et qu'un certain nombre de personnes n'ont pas la foi, beaucoup des parents ayant participé à l'étude ont mentionné le rôle important de la spiritualité et de la religion dans l'éducation de leurs enfants. Les mères de famille souhaitaient transmettre leur culture à leurs enfants en leur enseignant ses traditions religieuses.

" Je tiens à ce que ma fille conserve sa culture et s'intègre à la société canadienne. Grâce à elle, mes valeurs et croyances pourront rester vivantes. La religion aussi est très importante pour moi. "
(participante d'Edmonton, Alberta)

Quelques mères considéraient stressant de faire partie d'une minorité religieuse, en particulier dans un pays en proie à des conflits religieux. Par là, elles faisaient référence à leur expérience dans leur pays d'origine, dans les endroits où elles ont séjourné pendant leur migration ou au Canada. Leur stress découlait principalement du rejet de leur croyances, valeurs et pratiques par la culture dominante, ou du peu de soutien qu'elles reçoivent. Par exemple, les parents de l'ancienne Yougoslavie ont mentionné la difficulté de vivre dans un pays déchiré par des conflits ethniques principalement basés sur des différences d'ordre religieux alors qu'ils proviennent de familles et de communautés composées de multiples ethnies et religions.

Des parents musulmans originaires d'Afrique et d'Asie ont indiqué que leur religion leur interdisait de manger du porc, de consommer de la drogue ou de l'alcool, de jurer ou de se battre et les obligeait parfois à porter des vêtements particuliers. Ils disent avoir du mal à transmettre ces valeurs à leurs enfants, qui fréquentent des camarades d'autres cultures. Ce genre de situation pousse parfois les mères de famille à intensifier la discipline afin de sauvegarder leurs traditions culturelles. D'autres assouplissent leurs règles vestimentaires pour éviter à leurs enfants de se faire rejeter ou harceler.

Des Mennonites mexicains parlant le bas-allemand ont affirmé vivre des conflits intenses. Leur situation particulière illustre bien le dilemme auquel font face de nombreux parents desservis par nos organismes. Ces gens vivent à l'écart de la culture dominante, que ce soit au Mexique ou au Canada. S'ils transgressent les diktats de leur religion, ils risquent l'excommunication. La plupart d'entre eux visent avant tout à faire de leurs enfants de bonnes personnes, qui ont une conscience morale et ne désobéissent pas aux règles de leur famille, communauté ou église. Mais leurs enfants veulent s'habiller comme leurs camarades de classe et faire les mêmes activités qu'eux. Certaines mères de famille aimeraient bien donner cette liberté à leurs enfants pour les aider à se sentir à l'aise et acceptés au sein de la collectivité. Voici comment elles décrivent ce choc entre deux cultures et leurs efforts pour protéger leurs traditions tout en faisant preuve de souplesse.

" Je laisse mes enfants porter des vêtements très différents. Il y a des gens [dans notre communauté] qui refusent de laisser leurs enfants s'habiller différemment. Je ne porte pas attention à la façon de s'habiller des gens parce que les vêtements ne changent rien à leur âme. Si l'une de mes robes m'ouvrait les portes du paradis, je l'aurais toujours sur le dos. Mes enfants vont à l'école publique et veulent s'habiller comme les autres élèves. Quand j'étais petite j'étais obligée d'aller à l'école pieds nus et de marcher sur la glace. C'est pourquoi je laisse mes filles porter des pantalons pour ne pas avoir froid aux jambes. Je tiens à ce qu'elles soient au chaud. "
(participante de Waterloo, Ontario)

Un père algérien musulman a souligné son rôle important dans l'éveil religieux de ses enfants et leur acquisition de valeurs morales. Il a précisé que les enseignements du prophète Mahomet au sujet des relations parents-enfants se divisaient en périodes de sept ans.

" De la naissance à l'âge de sept ans, les parents ne font que jouer avec leurs enfants. Entre 7 et 14 ans, ils doivent leur apprendre les choses de la vie. Lorsque leurs enfants ont entre 14 et 21 ans, les parents doivent développer avec eux des liens d'amitié, puis les laisser voler de leurs propres ailes après 21 ans. "
(participant de Hamilton, Ontario)

Une mère musulmane originaire de Somalie a affirmé que l'islam mettait l'accent sur la relation parents-enfants.

" Ma religion, l'islam, accorde beaucoup d'importance au lien entre les parents et les enfants. "
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)

Des parents de nombreux pays de l'Amérique latine, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe ont signalé l'énorme soutien offert par l'église dans leur pays d'origine et au Canada. Dans de nombreux cas, l'église favorise le sentiment d'appartenance, renforce les liens familiaux et offre des occasions d'apprentissage pratique aux enfants.

Si les mères de divers pays considéraient la spiritualité comme la pierre angulaire du sentiment d'appartenance à la communauté, un moyen de transmettre sa culture et une source d'enseignements pratiques et moraux facilitant l'éducation des enfants, elles ont indiqué que leur nouveau mode de vie au Canada ne leur permettait pas toujours de pratiquer leur religion. Un grand nombre d'entre elles n'avaient plus le temps d'assister à des services religieux ou pas accès aux lieux de culte de leur religion particulière.

Le fait de comprendre les changements fondamentaux de priorités qui sont imposés aux nouveaux arrivants nous aidera à concevoir des programmes plus humains. Les femmes de cultures diverses auront ainsi la chance de partager les rites religieux qu'elles pratiquaient avant d'émigrer au Canada.



Évolution des mœurs

Les cultures ne sont pas seulement marquées par la diversité des groupes qui les composent; elles sont aussi dynamiques. Les croyances, valeurs et pratiques de leurs membres ne sont jamais uniformes ou stagnantes, mais plutôt influencées par un flot constant de nouvelles idées. Sans compter que l'évolution des mœurs familiales et sociales de l'ensemble de la planète entraîne aussi des changements sur le plan culturel. Chez les nouveaux arrivants qui sont exposés à un grand nombre de nouvelles idées, cette évolution peut s'accélérer et modifier, en retour, la culture dominante.

" J'ai même remarqué des changements dans mon pays natal… Avant, nous [les enfants] nous tenions tranquilles lorsque nos parents recevaient de la visite et nous ne nous mêlions pas aux conversations. Maintenant, on encourage les enfants à participer aux conversations de groupe. Nous passons plus de temps avec nos enfants et les encourageons à avoir confiance en eux et à apprendre. "
(participante d'Edmonton, Alberta)

Les mères ont mentionné la nécessité de remettre en question les traditions au lieu de les accepter tout bonnement. Nombre d'entre elles ont dit conserver quelques us et coutumes traditionnels, mais aussi adopter les pratiques positives observées au Canada. Pendant le processus de migration et d'établissement dans leur nouveau pays, les parents laissent derrière eux des pratiques familières et s'adaptent à leur nouvel environnement. Ils sont alors obligés d'examiner et d'évaluer non seulement leurs propres croyances, valeurs et pratiques, mais également celles de leur pays d'adoption. Cela leur permet de choisir les éléments à conserver, à abandonner et à adopter.

Certains parents ont fait précisément mention du maintien ou de l'adoption de pratiques dans l'intention principale de les léguer à leur descendance.

" J'adopte les valeurs et pratiques - religieuses ou traditionnelles - que je juge bonnes pour mes enfants et j'apprends constamment de nouvelles choses. "
(participante de Hamilton, Ontario)

Même si elles disent acquérir de nouvelles techniques d'éducation des enfants, plusieurs femmes se plaignent qu'elles n'ont pas autant de temps que leurs propres mères pour témoigner de l'affection à leurs enfants.

Comme l'apprentissage interculturel a lieu au sein de nos organismes, nous devons éviter de tomber dans un piège courant : celui d'appliquer des stéréotypes culturels aux différences observées. Tous les groupes culturels sont sujets à des changements sociaux, mouvements politiques et bouleversements de toutes sortes, en plus d'avoir leurs propres distinctions sur le plan de la classe sociale, de la race et du sexe. Chaque membre a donc une expérience et une vision uniques de sa culture.



Croyances et valeurs liées à l'attachement

Même s'ils provenaient d'une grande variété de pays et de groupes culturels, les parents ont ressorti plusieurs thèmes communs rattachés à l'éducation des enfants, notamment le respect, la dichotomie autonomie-interdépendance et la liberté.


Respect

Un grand nombre des parents interrogés ont abordé la question du respect. Certains avaient l'impression que le respect était plus valorisé dans leur pays d'origine et qu'il jouait un plus grand rôle dans les relations des enfants avec leurs parents, leur famille étendue et l'ensemble de la communauté. Cette situation illustre bien le rôle effacé de la famille étendue et de la communauté dans l'Europe centrale et l'Amérique du Nord d'après-guerre.

" Dans mon pays, tout le village nous enseigne des choses, pas seulement nos parents. Tout le monde participe à l'éducation des enfants. "
(participante de Montréal, Québec)

On s'attend aussi des enfants qu'ils respectent et écoutent les autres membres de leur famille et de la communauté. Selon certaines mères, les enfants canadiens n'ont que faire des conseils d'un adulte qui ne fait pas partie de leur famille, même si celui-ci agit dans leur intérêt. " Je n'ai pas de conseils à recevoir de toi, répondra l'enfant. Tu n'es pas ma mère. " La majorité des parents interviewés ont déclaré que ce genre d'attitude traduisait un manque de respect et ignorait les bienfaits de l'éducation communautaire.

Par contre, selon des immigrants qui sont également fournisseurs de services et parents, le fait d'encourager les enfants à exprimer leurs propres opinions - comportement parfois associé à tort à un manque de respect - constitue l'un des avantages de la vie au Canada.

" L'une des choses que j'apprécie au Canada c'est que l'on encourage les enfants à devenir autonomes et à répondre à leurs parents. Ils ont le droit d'avoir une opinion, ils ont la liberté de choix. Lorsqu'un enfant répond à ses parents, on prend souvent cette réaction pour de la désobéissance. Mais les enfants qui comprennent pourquoi ils doivent se comporter de telle ou telle manière seront plus portés à obéir que si on leur force la main. Pour eux, il est très important de pouvoir faire des choix et communiquer. Un enfant qui répond à ses parents n'est pas nécessairement impoli; il donne son opinion. "
(fournisseur de services d'Edmonton, Alberta)

Les préoccupations des participantes par rapport au manque de respect de leurs enfants s'expliquent peut-être par les nouveaux rapports de force qui émergent au sein de la famille si les enfants sont les seuls membres bilingues et, par conséquent, les " points d'accès " à l'information.

" Les rôles sont inversés, car les enfants parlent anglais, mais pas leurs parents. Comme ils ont accès à l'information, les enfants prennent le contrôle de la dynamique familiale. "
(fournisseur de services de Vancouver, Colombie-Britannique)

Le respect était perçu comme un aspect réciproque de la relation parents-enfants.

" L'amour est très important dans une famille. Les membres de la famille doivent travailler et régler ensemble les problèmes. Je pense que les enfants et les parents sont égaux. Pas parce qu'ils exercent le même contrôle l'un sur l'autre, mais parce qu'ils se traitent en amis. L'amitié est aussi importante. "
(participante d'Edmonton, Alberta)

Certaines femmes ont utilisé le concept de respect envers tous les être humains comme tremplin pour aborder avec leurs enfants les notions d'égalité et de protection des droits de la personne.

" J'enseigne à mes enfants de respecter tous les êtres humains…petits, gros, riches ou pauvres. La dignité humaine c'est pour tout le monde. "
(participante de Hamilton, Ontario)

" Les droits de la personne sont respectés au Canada. Mes enfants pourront s'instruire dans des établissements reconnus et avoir des droits démocratiques. Nous avons tous des droits, autant les enfants, les hommes, les femmes, les Blancs, les Noirs, les ethnies. Le Canada est un pays de rêve et nous espérons que nos enfants pourront en profiter. "
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)

D'autres mères ont dit regretter que le peuple canadien n'accorde pas toujours aux nouveaux arrivants les mêmes droits et le même respect qu'elles tentent d'inculquer à leurs enfants.

" Je trouve que le monde occidental ne respecte pas toujours notre façon d'élever les enfants. Nous ne sommes pas stupides quand même. Personne ne devrait lever le nez sur la culture des autres. Les services sociaux aussi devraient respecter notre mode de vie quand ils interviennent. Je crois qu'il faut accepter les pratiques des parents qui aiment leurs enfants et agissent dans leur intérêt, même si elles ne correspondent pas à la norme canadienne. "
(participante d'Edmonton, Alberta)



Autonomie et interdépendance

La valeur accordée à l'éducation communautaire ailleurs qu'en Amérique du Nord traduit une attitude fondamentalement différente par rapport à l'autonomie. Certains des parents interrogés avaient l'impression que la mentalité canadienne donnait trop d'importance à l'indépendance, en particulier chez les jeunes enfants. Ici, la majorité des enfants dorment seuls dès la naissance, fréquentent la garderie à quelques mois seulement et sont encouragés très tôt à se nourrir et à s'habiller sans aide. Dans beaucoup d'autres pays, toutefois, les familles incitent leurs enfants à rester dépendants afin de leur inculquer la valeur de l'interdépendance familiale et communautaire.

" Les parents latino-américains souhaitent que leurs enfants restent dépendants d'eux afin de mieux les protéger, tandis que les parents canadiens encouragent leurs enfants à devenir autonomes. Cette façon de vivre complètement différente fait du tort à mes enfants. Au Canada, les gens sont plus solitaires. Je veux que mon fils sache qu'il n'est pas seul, que je suis là pour lui. "
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)

Cette attitude divergente par rapport à l'indépendance des enfants est une source d'anxiété et de confusion. Les participants nous ont rappelé que chaque petit devait suivre sa propre voie et avancer à son rythme, au lieu de se conformer simplement aux attentes de ses parents et de la société.

" Mon plus vieux a deux ans et demi et n'est pas prêt à franchir toutes les étapes qu'on lui impose ici. Je trouve que les parents s'en mettent trop sur les épaules. Leurs enfants doivent être propres à l'âge de trois ans, s'endormir seuls et ainsi de suite. Cela peut parfois fonctionner, mais je ne veux pas imposer ces contraintes aux miens. Je veux qu'ils puissent faire ce qu'ils veulent en-dedans de certaines limites. "
(participante de Fredericton, Nouveau-Brunswick)

Des mères s'inquiétaient des répercussions futures de la primauté de l'autonomie au Canada. Elles craignaient entre autres que leurs enfants quittent la maison avant leur temps, c'est-à-dire avant d'être mariés, comme c'est la coutume dans de nombreux pays étrangers. Dans d'autres cultures, en effet, les relations familiales s'articulent autour de l'interdépendance, considérée comme un facteur déterminant de la santé.

" Dans mon pays, les liens familiaux sont très solides parce que nous vivons tous ensemble…ou pas très loin les uns des autres. Pour nous, un jeune de 17 ans ne devrait pas vivre seul. Chez nous, on n'est jamais seul car il y a toujours les parents, les frères et sœurs, les grands-parents, les cousins… "
(participante de Toronto, Ontario)

Beaucoup de parents n'avaient pas l'impression que le Canada valorisait autant les liens des enfants avec leur famille et communauté que leur pays d'origine. Dans leur pays, la famille immédiate, la famille étendue et la communauté jouent un rôle crucial dans le développement infantile. Chaque membre de la collectivité est perçu comme un être unique qui a quelque chose à enseigner aux enfants. De plus, le lien qui unit un enfant aux membres de sa famille et de sa communauté est jugé essentiel à son développement.

Dans les communautés où l'acquisition des valeurs et pratiques culturelles fait partie intégrante du développement infantile, la famille étendue joue un rôle particulièrement important. En plus d'inculquer aux enfants les valeurs familiales et communautaires, elle les familiarise avec leurs origines et les caractéristiques de leur communauté.



Liberté

Beaucoup de parents ont souligné combien le degré de liberté accordé aux parents et aux enfants était différent au Canada par rapport à leur pays natal. Les parents immigrants et réfugiés avaient des perspectives diverses à cet égard.

Quelques parents trouvaient que les enfants canadiens avaient trop de liberté et quittaient la maison très jeunes, parce qu'on les encourage à voler de leurs propres ailes le plus tôt possible. Dans nombre de pays étrangers, les enfants restent à la maison jusqu'à leur mariage et ont peu de pouvoir décisionnel.

" Au Canada, les adolescents sont libres. Si on leur impose des limites, ils peuvent s'en aller en appartement. Dans ma culture, un enfant, même s'il a 25 ou 30 ans, habite avec ses parents jusqu'à son mariage. Mais ici, un jeune de 16 ans peut partir de chez lui s'il se sent maltraité ou menacé. Je n'aime pas cette mentalité. Je veux le contrôle total sur mes enfants. "
(participant de Halifax, Nouvelle-Écosse)

Le degré de liberté qu'une mère donne à ses enfants est souvent associé à son propre sentiment de liberté.

" Des fois, j'ai l'impression de les surprotéger. D'autres fois, j'ai besoin d'être seule et d'avoir un peu de liberté pour m'occuper de moi-même et relaxer. "
(participante de Toronto, Ontario)

Par contre, d'autres parents pensaient que les enfants et les parents étaient moins libres au Canada que dans leur pays d'origine. Selon eux, les enfants d'ici ne peuvent pas jouer dehors sans surveillance et les parents ne sont pas libres de prendre congé pendant qu'un membre de la famille ou un voisin s'occupe de leurs enfants.

" On est plus libre dans mon pays à cause de la température et de la famille. Il fait beau et les enfants peuvent jouer dehors. J'aurais plus de temps à moi là-bas parce que ma famille me donnerait un coup de main. "
(participante de Toronto, Ontario)

Certaines mères disaient avoir plus de liberté au Canada parce que les parents peuvent élever leurs enfants comme bon leur semble et les enfants ont la chance d'apprendre et de s'épanouir au lieu de se contenter d'obéir à leurs parents.

" J'aime la mentalité au Canada…on peut laisser les enfants grandir en toute liberté. Dans mon pays, les mères obligent les enfants à les écouter, à faire ce qu'elles demandent sans poser de questions. Ils n'ont pas le choix. "
(participante de Toronto, Ontario)

D'autres ont souligné tout particulièrement la plus grande liberté des femmes et des enfants au Canada comparativement à leur pays natal.

" Le Canada me convient beaucoup mieux. Mes enfants ont plus de liberté et d'avenir ici. Les femmes aussi sont plus libres. " (participante de Vancouver, Colombie-Britannique)

La liberté d'expression jouait également pour une grande part dans le sentiment d'appartenance au Canada.

" La joie de vivre, les racines, la chaleur des gens, le confort, la sécurité et, surtout, la liberté d'expression m'aident à me sentir chez moi. "
(participante de Fredericton, Nouveau-Brunswick)



Pratiques exemplaires en matière d'attachement

Parce qu'il implique la formation d'un lien profond et durable entre un très jeune enfant et sa mère, un membre de sa famille ou de la communauté, l'attachement influence profondément chaque étape du développement de l'enfant.

Les pratiques d'attachement désignent les méthodes qu'emploient les parents pour établir ce lien profond et durable avec leur nourrisson et pour répondre aux comportements d'attachement de celui-ci.

Le qualificatif " exemplaire " est attribué aux pratiques qui favorisent le développement affectif, cognitif, psychomoteur, linguistique et social des enfants de zéro à cinq ans. Les ressources et l'énergie d'un petit qui a formé un lien d'attachement sécurisant servent alors à lui assurer un développement sain.

La plupart des parents élèvent leurs enfants en fonction des objectifs de développement à long terme qu'ils ont fixés, en tentant de trouver le juste équilibre entre les comportements que leur culture d'origine et leur culture d'adoption jugent appropriés. Cela peut être très éprouvant quand les préceptes de leur culture d'origine entrent en conflit avec ceux de la culture d'adoption. Voilà pourquoi il est si important d'intégrer les meilleures pratiques interculturelles aux programmes à l'intention des parents et des familles. On peut alors encourager les parents à conserver les pratiques efficaces et à en adopter de nouvelles afin de favoriser le développement optimal de leur bébé.

Le choix des pratiques employées pour bâtir une relation avec un enfant et répondre à ses besoins repose sur les croyances et valeurs des parents, de même que sur les facteurs qui influent sur ces croyances et valeurs. Tel que nous l'avons mentionné dans la section précédente, l'intuition parentale, les pratiques d'éducation apprises, les antécédents des parents en matière d'attachement, les normes culturelles et sociétales d'éducation des enfants, la situation socio-économique, la religion et l'évolution des mœurs influencent les croyances, valeurs et pratiques des parents.

On trouve une grande variété de pratiques d'attachement qui favorisent le développement des enfants de zéro à cinq ans. Certaines des méthodes employées dans d'autres pays stimulent le développement infantile et devraient être proposées à tous les parents. Il est essentiel de promouvoir les " pratiques exemplaires " utilisées par les parents et les familles du monde entier afin d'enrichir les méthodes d'attachement et les connaissances de l'ensemble de nos clients.

Les pratiques exemplaires se répartissent difficilement en catégories distinctes parce qu'elles ont souvent de multiples influences sur le développement infantile.

Aux fins de cette boîte à outils, nous avons classé les pratiques d'attachement selon les stratégies employées par les parents pour favoriser l'attachement sécurisant de leur enfant et selon leur utilité pour les fournisseurs de services. Les catégories de pratiques sont les suivantes : alimentation; transport du bébé; sommeil; toucher et marques d'affection; lecture et chansons; écoute; jeu; enseignement.


Alimentation

Le rôle des fournisseurs de soins, en particulier des mères, dans l'alimentation des enfants a souvent été mentionné. Les femmes ont souligné l'importance de l'allaitement maternel, de la préparation des repas et de l'alimentation de leurs enfants plus âgés. L'allaitement, ainsi que la préparation d'aliments solides, de nourriture saine et des mets préférés des plus vieux faisaient partie des façons de démontrer son amour à ses enfants et de combler leurs besoins physiques et affectifs.

" J'ai donné le sein à tous mes enfants. Même lorsque je travaillais à plein temps, la première chose que je faisais en rentrant à la maison était d'allaiter. Quand on décide d'avoir des enfants, il faut prendre ses responsabilités. "
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)

La notion de " don " (p. ex. donner de la nourriture, de l'information, de l'amour, des biens matériels, de la " nourriture " spirituelle) revenait souvent dans les descriptions du rôle des parents dans l'éducation des enfants.

" On peut donner des choses matérielles à son enfant, ou bien une bonne qualité de vie, un meilleur avenir, un sentiment de sécurité. Mais cela reste des éléments extérieurs. Il ne faut pas oublier la vie spirituelle. Pour moi, c'est un aspect essentiel de l'existence. "
(participante de Fredericton, Nouveau-Brunswick)

Beaucoup de parents ont insisté sur le rôle crucial de la famille étendue dans l'éducation de leurs enfants. Séparés d'elle depuis leur arrivée au Canada, ils ne pouvaient pas compter sur autant de soutien que dans leur pays d'origine. De nombreuses mères ont mentionné tout particulièrement le soutien post-partum fourni par la famille étendue et la communauté dans leur pays natal.

" Nous étions une famille nombreuse…Il y avait ma mère, mon frère, mon autre frère, qui a maintenant un enfant, sa femme, en plus des deux sœurs et des parents de sa femme. Et tout ce beau monde avait quelque chose à faire! L'arrivée d'un bébé n'est pas de tout repos, surtout quand la mère doit le nourrir aux heures. "
(participante de Toronto, Ontario)

Les parents ont aussi indiqué avoir besoin du soutien de personnes d'expérience.

" Ma mère, ou bien une amie, me donnait des conseils sur l'allaitement. Je consultais des mères parce qu'elles étaient passées par là et savaient de quoi elles parlaient. "
(participante de Toronto, Ontario)

Une mère somalienne a accordé beaucoup d'importance au fait de nourrir ses enfants avec ses mains. Elle était d'avis qu'ils mangeaient mieux de cette manière. Il est tout à fait logique que l'on crée un meilleur lien avec l'enfant et qu'on suscite davantage son attention en ayant beaucoup de contacts physiques avec lui. Consciente que les choses se passaient différemment à l'école, cette femme avait enseigné à ses enfants deux façons de s'alimenter. Elle considérait également important de manger en famille, sur le plancher ou à table. L'heure des repas est un moment idéal pour consolider les relations familiales.

" Ma fille mange plus lorsque je la nourris avec mes mains. Et mon fils refuse d'avaler la nourriture qu'on met sur le plateau de sa chaise haute. Je ne sais jamais s'il a assez mangé. Il mange bien lorsqu'il est assis sur mes genoux et que le nourris avec mes mains. Dans ce cas-là, j'ai l'impression qu'il mange à sa faim. "
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)

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Transport du bébé

La manière de transporter et de tenir les enfants (particulièrement les nourrissons et les bébés) fait partie des pratiques d'attachement efficaces mentionnées par les mères durant les entrevues. Selon un couple interviewé, le fait de tenir leur bébé de quatre mois dans leurs bras en marchant et en lui parlant parvenait à le soulager et à le calmer.

Selon d'autres participantes, surtout originaires de l'Afrique orientale et occidentale, transporter les bébés et nourrissons sur le dos, dans une écharpe, favorise la formation du lien d'attachement. Ces mères comprennent que la proximité physique peut mener à la proximité affective. Elles combinent fréquemment cette pratique à des chansons.

" Quand on est tout petit, on se fait constamment promener. Les parents chantent parfois des chansons. Dans mon pays, nous avons une façon particulière de transporter les enfants… sur le dos. C'est peut-être ça qui les rapproche de leurs parents. Ils sont tout le temps en contact avec eux. " (participante de Toronto, Ontario)
(Program Participant, Toronto, ON)

On reconnaît également que le fait de transporter l'enfant et de soulager sa détresse favorise la formation d'un attachement sécurisant. Des mères ont d'ailleurs indiqué que les écharpes constituaient un bon moyen de calmer les nouveau-nés.

" Lorsqu'on mon fils de deux mois se met à pleurer, je l'installe sur mon dos et lui chante une chanson dans ma langue maternelle. Je le fais pendant que je cuisine ou prépare autre chose. Il sait que je suis occupée et il se tient tranquille. "
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)

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Sommeil

Quelques mères interviewées ont abordé les pratiques d'attachement qui ont trait au sommeil. Elles ont décrit des activités précises qu'elles font avec leurs enfants avant de les mettre au lit.

Je leur lis des histoires, je leur parle ou bien je joue avec eux avant qu'ils s'endorment. "
(participante de Calgary, Alberta)

Le partage du lit familial figurait parmi les pratiques d'attachement efficaces que les mères ont conservées une fois installées au Canada. Certaines ont fait ressortir les sentiments positifs associés au fait de dormir avec de jeunes enfants et les bienfaits de cette pratique sur la relation parents-enfants.

" Mes enfants de deux mois et de quatre ans dorment avec mon mari et moi. Nous trouvons cette expérience très agréable et pleine de douceur. Ici, les parents et les enfants dorment séparément. Pourtant, le fait de dormir avec mes deux petits ne nous cause aucun problème et renforce la relation parents-enfants. "
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)

Les mères interrogées dans le cadre du projet comprennent bien le lien entre l'attachement en bas âge et le sommeil chez les enfants. À cet égard, elles se sentent différentes du reste de la population parce qu'elles choisissent de partager leur lit avec de jeunes enfants. Or, ce genre de pratique culturelle peut causer beaucoup d'anxiété et de malentendus. Il y aurait lieu de promouvoir une meilleure compréhension et le partage objectif des expériences pour permettre à tous nos clients d'essayer une variété de pratiques.

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Toucher et marques d'affection

Le toucher faisait partie des pratiques d'attachement privilégiées de nombreux parents. Quelques-uns ont signalé l'importance du toucher dans leur propre famille.

" J'ai été élevée dans une famille où l'on se touchait beaucoup, on se serrait l'un contre l'autre, on s'embrassait souvent. Nous avions tout le temps des contacts physiques les uns avec les autres. "
(participante de Fredericton, Nouveau-Brunswick)

Plusieurs mères déploraient cependant le manque d'affection ou la rareté des mots tendres pendant leur enfance.

" Quand j'étais petite, je savais que mes parents nous aimaient, mais ils ne le montraient et ne le disaient jamais. Ils ne nous prenaient pas dans leurs bras. Pourtant, c'est important de montrer à ses enfants qu'on les aime. "
(participante d'Edmonton, Alberta)

Certaines participantes n'ont reçu de l'affection que d'un seul parent.

" Ma mère était une femme forte. Elle nous a tout donné sans jamais nous montrer qu'elle nous aimait. Mon père était plus expressif… J'essaie d'agir avec mes enfants comme mon père avec moi, de les faire profiter de l'amour qu'il m'a donné.
(participante de Calgary, Alberta)

Qu'elles aient grandi ou non dans une famille où l'on se touchait et se donnait de l'affection, un grand nombre de femmes accordaient de l'importance aux contacts physiques avec leurs enfants.

" Serrer et embrasser mon enfant plusieurs fois par jour me rend tellement heureuse. "
(participante de Calgary, Alberta)

Un certain nombre de participants ont appris à démontrer et à exprimer leur affection au Canada.

" J'ai appris ici à serrer mes enfants contre moi, à les embrasser et à leur dire que je les aime. C'est la seule façon de leur faire comprendre à quel point je les aime. Mes enfants m'embrassent et me disent eux aussi à quel point ils m'aiment."
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)

D'autres avaient l'impression que les marques d'affection étaient moins acceptées au Canada que dans leur pays d'origine.

" Dans mon pays, on s'occupe de nos enfants, on va les voir lorsqu'ils sont agités et on essaie de les calmer. Ici, on m'a dit de les laisser pleurer. Ça m'a bouleversée. "
(participante de Fredericton, Nouveau-Brunswick)

Certains parents ont dit avoir appris des techniques de massage des nouveau-nés dans leur pays d'origine, puis s'en être servi au Canada pour détendre leurs bébés.

" Ma mère m'a conseillé de masser mon bébé une fois par jour jusqu'à l'âge d'un mois. Je lui fais donc un massage par jour. "
(participante de Toronto, Ontario)

Une femme a aussi précisé qu'elle avait recours au massage pour soulager ses enfants lorsqu'ils étaient malades.

" Je serre mes enfants contre moi et je les masse quand ils sont malades. Je ne leur dis pas seulement de prendre des médicaments et de dormir. Mes soins leur font du bien. J'agis de cette manière parce c'est ma responsabilité en tant que parent. Je sens un lien très fort entre nous. "
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)

Presque tous les parents interviewés étaient conscients que le besoin de sécurité et de contacts physiques constituait une composante essentielle du développement infantile. Les personnes qui n'avaient pas connu la proximité physique (p. ex. victimes de violence pendant l'enfance ou enfants de parents distants) abondaient également dans ce sens. Une proportion significative de mères ont mentionné le massage traditionnel des nouveau-nés, une pratique d'attachement utilisée de longue date dans beaucoup de pays et " promue " depuis peu au rang des méthodes exemplaires en Amérique du Nord.

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Lecture et chansons

La majorité des mères interrogées considéraient la lecture comme une importante pratique d'attachement. L'une d'elles lisait même à son enfant pendant sa grossesse.

&" Il était encore dans mon ventre que je lui lisais déjà des histoires. " (participante de Toronto, Ontario)

Quelques femmes encourageaient aussi leurs enfants à lire pour se calmer lorsqu'ils étaient agités.

" Les livres redonnent le sourire à mon fils, même quand il est troublé. "
(participante de Toronto, Ontario)

Beaucoup de mamans tenaient à lire des histoires et à chanter des chansons dans leur langue maternelle afin de familiariser leurs enfants avec cette langue et de leur transmettre les valeurs propres à leur culture.

" Je passe du temps avec mes enfants chaque soir pour leur apprendre ma langue maternelle. Ils doivent d'ailleurs la parler à la maison. En plus, je fais jouer des cassettes et bien d'autres choses pour m'assurer qu'ils ne l'oublient pas. "
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse) " Nous avons mis des enfants au monde et nous sommes responsables d'eux.

Il faut leur donner de l'amour, de l'attention… sans oublier la discipline. La langue aussi est importante, parce que c'est utile d'être bilingue. Je veux que mes enfants me comprennent, car comprendre la langue c'est comprendre la culture. Si je n'enseigne pas à mon fils à parler ma langue, dans 10 ans, il ne comprendra pas ce que je dis ou ce que je fais. Non, il doit me ressembler le plus possible, être un produit de notre culture. "
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)

Ces pratiques prennent beaucoup d'importance chez les parents qui tiennent à préserver certains aspects de leur culture et à les transmettre à leur descendance malgré le fait qu'ils grandissent dans un environnement différent. Un grand nombre de mères ont d'ailleurs mis au point des stratégies innovatrices pour encourager leurs petits à parler leur langue maternelle.

" Nous essayons de parler chinois à la maison. Mes enfants vont apprendre l'anglais à l'école et avec leurs camarades. C'est pourquoi je ne m'inquiète pas au sujet de l'anglais, mais j'ai peur qu'ils perdent l'usage de la langue chinoise. Ils comprennent bien le chinois, mais sont trop gênés par leur accent pour le parler. J'essaie de trouver des trucs pour encourager mes enfants à parler chinois, surtout ici à Halifax, où ils n'ont pas l'occasion de l'utiliser. Par exemple, je leur donne des films et des livres en chinois, ou bien je commence à leur raconter une histoire et leur dis de prendre le livre en chinois pour connaître la fin. Je ne les force pas à faire des exercices comme à l'école parce que je ne veux pas qu'ils perdent l'intérêt. "
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)

En plus d'encourager leurs enfants à se familiariser avec leur langue et leur culture d'origine, les mères leur racontent des histoires décrivant leur processus de migration et de réétablissement. Ces histoires favorisent l'attachement des petits avec les membres de leur famille étendue, même s'ils ne vivent pas nécessairement dans le même pays.

" Je passe beaucoup de temps à parler de ma famille à mes enfants. Chaque jour, je montre des photos de mon père ou de ma sœur à ma fille. Je lui raconte qu'ils vivent en Afrique et qu'ils parlent français et swahili. Je lui dis qu'elle doit apprendre une langue que mon père comprendra lorsqu'on ira le voir, parce qu'il ne connaît pas l'anglais. Quand je téléphone à mon père, ma fille lui parle en swahili et je trouve ça génial. Elle me demande souvent : "Maman, quand est-ce qu'on va aller voir ton père et ta sœur?" "
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)

Quelques femmes chantent aussi, dans leur langue maternelle, des chansons qui reflètent les valeurs familiales, en particulier l'importance des relations entre les enfants et les membres de la famille étendue. Elles choisissent souvent des chansons pour enfants ou ayant un but précis (p. ex. apaiser l'enfant, l'aider à s'endormir ou le motiver à jouer).

" Je choisis des chansons et de la musique de mon pays. Je chante en éwé, un dialecte africain. J'aimerais que ma fille comprenne mon dialecte. C'est pourquoi je lui lis des histoires en éwé et lui chante des chansons qui reflètent notre religion et notre culture. Il y a des chansons spécialement pour les enfants, d'autres pour des célébrations comme le mariage. Si elle se met à pleurer, je lui chante une chanson spéciale qui dit : "Ne pleure pas, je suis là. Ne pleure pas, ton père s'en vient. Ne pleure pas, tu as des grands-parents, des oncles et des tantes au Togo…" "
(participante de Hamilton, Ontario)



Écoute

Beaucoup de femmes ont affirmé qu'il était primordial d'écouter leurs enfants et de leur donner de l'affection pour développer une relation solide avec eux. Quelques-unes ont insisté tout particulièrement sur l'écoute active.

" La communication est essentielle et j'essaie de pratiquer l'écoute active avec mon enfant. "
(participante de Montréal, Québec)

Certaines mères ont souligné l'importance d'être à l'écoute de leurs enfants lorsqu'ils ont des problèmes.

" Je les laisse se plaindre et s'exprimer. "
(participante de Calgary, Alberta)

Pour quelques mamans, les gestes que posent leurs enfants pour attirer l'attention les motivent à être encore plus à l'écoute.

" Ma fille me demande tout le temps de la regarder. Aujourd'hui… c'était tellement comique… elle me parlait et je lui répondais par des "Mm-hmm". Elle m'a dit : "Maman, parle-moi pour de vrai". J'ai répondu : "OK, qu'est-ce que tu veux que je te dise au juste?" Je pense que les enfants ont besoin d'attention et vérifient simplement qu'on les écoute. " (participante d'Edmonton, Alberta)

" Selon mon expérience, l'amour, l'affection et l'attention qu'on donne à ses enfants font vraiment une différence. Mes enfants sont plus âgés. Un jour, mon fils aîné m'a lancé : "Tu es une très bonne mère, mais des fois tu ne m'écoutes pas." C'est moi qu'il a blâmée. Je me souviens aussi de m'être précipitée à mon bureau même si mes deux fils étaient en train de se battre. Je n'en ai pas fait de cas. Aujourd'hui, mon plus vieux me reproche de ne pas l'avoir écouté et de lui avoir fait mal. C'est pourquoi il est nécessaire d'écouter son enfant et de passer du temps avec lui. "
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)

Selon plusieurs mères, l'écoute favorise les rapports de qualité et, par le fait même, la formation d'un attachement sécurisant.

" Je crois que la qualité du temps passé avec ses enfants est extrêmement importante. Par exemple, j'essaie de faire mes courses pendant la journée, avant leur retour à la maison, pour avoir le temps, le soir, de m'informer de leur journée à l'école, de leur demander s'ils ont eu des difficultés. Je les écoute, je discute avec eux pour vérifier que tout va bien, j'essaie de les guider... Parce que je les comprends, ils sont très attachés à moi. "
(participante de Toronto, Ontario)

Des femmes d'une variété de milieux considéraient l'écoute comme l'un des principaux fondements de leur relation avec leur enfants. Selon elles, toutefois, le stress et les exigences de la vie moderne rendaient l'écoute difficile.



Jeu

De nombreuses mères classaient le jeu parmi les pratiques d'attachement qu'elles utilisaient couramment.

" Je laisse les enfants choisir le jeu et je joue avec eux. "
(participante de Calgary, Alberta)

La catégorie du " jeu " englobait en fait une foule d'activités.

" Je prends le temps de dessiner avec mes enfants, faire de la peinture, lire, jouer à la poupée et m'amuser avec des tasses, des ballons, des balles, etc. "
(participante de Calgary, Alberta)

Selon elles, les moments de jeu permettent surtout de donner de l'attention aux enfants et de passer du temps de qualité avec eux.

" On fait du bricolage ensemble, on joue à différents jeux, on regarde la télé ou on va faire un tour au parc. Chaque jour, je m'arrange pour passer du bon temps avec mes filles, seule à seule ou toutes ensemble. On ne peut pas dire qu'on passe du temps avec ses enfants quand on fait la cuisine pendant qu'ils jouent à côté. "
(participante d'Edmonton, Alberta)

Quelques mères ont précisé qu'elles délaissaient même certaines corvées domestiques pour passer du bon temps avec leurs petits.

" Les enfants se rappelleront bien plus des jeux et des activités effectuées avec leurs parents que de la propreté de leur maison.
" (participante d'Edmonton, Alberta)

Chez d'autres parents, la participation aux jeux des enfants semble d'autant plus nécessaire que le processus de migration a souvent signifié la perte d'être chers, y compris la séparation ou l'interaction limitée avec l'un des parents. En outre, les enfants d'immigrants n'ont pas toujours l'occasion de jouer avec des camarades comme ils le feraient dans leur pays natal. En jouant avec leurs enfants, les mères de famille se trouvent donc à combler un vide.

Certaines femmes trouvaient difficile de jouer avec leurs enfants en raison de leurs nombreuses responsabilités et parce qu'elles n'en avaient pas l'habitude. Ni leur expérience personnelle, ni leur éducation ne les avaient préparées à servir de compagnes de jeu à leurs enfants. De plus, ce rôle n'est pas nécessairement accepté par leur groupe culturel.

" Dans mon pays, c'est mal vu de faire l'enfant. Lorsque je suis arrivée ici, je n'avais aucune idée que j'étais supposée de jouer avec mon fils. Il avait un an et demi et il voulait que je lui chante des chansons. L'orthophoniste m'a demandé si je lui lisais des histoires. Je lui ai répondu que non, car on ne m'en avait jamais lues pendant mon enfance. Là-bas, les enfants s'amusent ensemble, tandis qu'ici, mon fils n'a que moi pour compagnon de jeu. J'étais tellement gênée de me comporter en enfant. Lorsque j'ai vu des parents canadiens s'amuser avec leurs petits au parc, j'ai pensé à mon fils qui était toujours tout seul. J'ai eu de la peine et j'ai commencé à jouer avec lui. Au début, c'était très difficile. Il y a une énorme différence entre les comportements acceptés ici et dans mon pays. "
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)

D'autres connaissaient par expérience le rôle important des parents dans les jeux de leurs enfants.

" Dans ma culture, le rôle des parents est de jouer avec leurs enfants de la naissance jusqu'à l'âge de sept ans. Je prends le temps de m'amuser avec mes enfants et ils adorent cela. "
(participante de Hamilton, Ontario)

Plusieurs mères disaient profiter des locaux, activités et ressources des haltes-garderies.

" Lorsque mes enfants étaient petits, je les emmenais tous les jours à la halte-garderie parce que nous n'avions pas assez de place pour jouer dans notre trois et demi. Il y avait plein d'activités géniales pour les familles. Je faisais du bricolage avec les enfants, je jouais avec eux l'été… il y avait tellement de choix d'activités. On allait à la plage ensemble et mes enfants jouaient chaque fois avec des camarades différents. C'est important pour leur croissance et leur développement. "
(participante de Toronto, Ontario)

Que ce soit avant ou près leur immigration, les mères de la classe ouvrière ont énormément de difficulté à maintenir des comportements d'attachement efficaces par manque de temps et de ressources. Pour certaines d'entre elles, la participation aux jeux de leurs enfants va à l'encontre de leurs traditions. D'autres n'ont simplement pas accès aux ressources dont elles ont besoin pour jouer avec leurs enfants.



Enseignement

La majorité des parents ont souligné le rôle crucial des enseignants dans le développement de leurs enfants. Pour nombre de mères, l'enseignement faisait d'ailleurs partie des pratiques d'attachement couramment utilisées.

" Je dis à mes enfants de toujours respecter leurs parents et leurs professeurs. Ce sont leurs guides dans la vie. " (participante de Toronto, Ontario)

Beaucoup de femmes considéraient primordial de commencer l'éducation de leurs enfants en bas âge.

" Si on commence à montrer des choses aux enfants quand ils sont tout petits, comme maintenant, cela sera plus facile par la suite. Je le fais moi-même avec ma fille, qui a seulement trois ans et demi. Elle comprend très bien pourtant, les enfants comprennent… "
(participante d'Edmonton, Alberta)

Selon les pères interrogés, l'enseignement faisait aussi partie des fonctions parentales masculines, mais pas nécessairement lorsqu'il s'agit de très jeunes enfants.

" Je les aide à faire leurs devoirs et leur montre des tas de choses. Ma femme s'occupe elle aussi de leur éducation et prend soin d'eux. Les enfants la tiennent très occupée, surtout le bébé. "
(participant de Hamilton, Ontario)

Quelques mères essaient également de développer des aptitudes précises chez leurs enfants en prévision de leur entrée à l'école.

" Je montre à mon fils à écrire avant de commencer la maternelle en septembre. " (participante de Vancouver, Colombie-Britannique)

Les parents s'investissent encore plus dans leur rôle d'éducateurs lorsque leurs enfants commencent l'école dans un nouveau pays et, souvent, doivent étudier dans une autre langue.

" J'enseigne l'anglais à ma fille parce que c'est la langue parlée par les gens d'ici et que tous les cours sont donnés en anglais à l'école. La première étape c'est d'apprendre l'anglais. Je pousse ma fille à le faire mais je n'y arrive pas. Ça ne fait pas de moi un très bon père. J'aimerais que quelqu'un m'aide, mais personne ne s'est offert. " (participant de Vancouver, Colombie-Britannique)

Un certain nombre de mères se donnent un rôle plus englobant en matière d'éducation. Elles enseignent leur langue maternelle à leurs petits, les familiarisent avec leur culture et leur racontent l'histoire de leur famille (voir la section sur la lecture et les chansons pour plus de détails).

" En parlant à ses enfants dans sa propre langue, on leur montre qu'ils ont un autre chez-soi. "
(participante d'Edmonton, Alberta)

" Bien, je lui parle de mon pays, de tout ça. Si elle a des devoirs, je vais l'aider… Je lui décrit aussi les différences entre la culture canadienne et la mienne. Je lui parle dans ma langue, je lui explique comment on vit ici et là-bas. On regarde aussi des vidéos de mon pays. "
(participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)

Beaucoup de participantes tiennent à transmettre leurs valeurs morales à leurs enfants, en particulier lorsqu'elles ont l'impression que ces valeurs ne sont pas reconnues par la culture canadienne dominante. Dans certains cas, ces valeurs incluent la façon de communiquer avec l'entourage.

" Je leur montre ma façon de faire…Quand on reçoit des invités, comment les accueillir, comment les saluer. Je ne veux pas que mes enfants disent seulement "Bonjour" aux invités. Je veux qu'ils le disent gentiment et poliment, qu'ils s'occupent vraiment des gens en leur offrant à boir,e par exemple. Même si je ne suis pas à la maison. Quand je reviens, je leur demande s'ils ont servi un jus au visiteur ou s'ils lui ont offert de s'asseoir. Parce que c'est comme ça dans ma culture. Je ne veux pas que mes enfants se contentent de répondre "Ma mère n'est pas là", puis de fermer la porte. Je n'aime pas cette attitude. Je ne sais pas comment les Canadiens peuvent vivre comme ça. Je veux que mes enfants soient positifs, comme moi. C'est pourquoi il revient aux mères de montrer les bonnes manières aux enfants… " (participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)

Les pères jugent eux aussi ce rôle important, étant donné la primauté des " bonnes manières " au sein de diverses cultures.

" Je leur montre le droit chemin. Dans notre culture, il y a un proverbe qui dit qu'une nation se définit par ses manières. Si elle n'a pas de bonnes manières, elle n'a pas d'identité. " (participant de Hamilton, Ontario)

Quelques mères enseignent à leurs enfants à faire preuve de bonté, à se concentrer sur leur éducation et sur leur carrière, et à devenir de bons parents.

" Comme n'importe quel parent, je souhaite que mes enfants soient de bonnes personnes. C'est pourquoi je leur explique la différence entre le bien et le mal. Je leur conseille aussi d'étudier et d'avoir une carrière pour ne dépendre de personne. Je veux qu'ils aient un avenir prometteur, une famille. Je veux qu'ils trouvent le bonheur et soient de bons parents. " (participante de Toronto, Ontario)

D'autres les incitent à faire preuve d'autonomie (voir la section sur l'autonomie et l'interdépendance pour plus de détails) ou encore à bien remplir leur rôle au sein de la collectivité.

" Je leur montre à vivre en société et à se rendre utiles quand ils seront grands. "
(participante d'Edmonton, Alberta)

Une mère a aussi parlé d'informer ses enfants de l'importance de la relation d'attachement parents-enfants.

" Je parle à mes enfants du lien profond entre les parents et les enfants. " (participante de Vancouver, Colombie-Britannique)

Certaines femmes ont dit enseigner à leurs enfants la valeur de l'ouverture d'esprit envers les autres cultures.

" Ben, j'essaie de ne pas…Je ne leur montre pas à être… comment dire…dédaigneux par rapport aux autres cultures. Il faut accepter les gens pour ce qu'ils sont en-dedans, pas ce qu'ils projettent à l'extérieur. On ne juge pas les gens selon leur culture, leur pays, etc. Je ne veux pas que mes enfants agissent comme ça, qu'ils disent des choses du genre : "Je n'aime pas cette fille parce qu'elle vient de tel ou tel pays." Je ne les élève pas de cette manière. " (participante de Toronto, Ontario)

Beaucoup de mères trouvaient difficile d'assumer un rôle multiple (enseignement de la langue, des valeurs, de la religion et des traditions culturelles), qu'elles avaient coutume de partager avec d'autres membres de la famille et de la communauté dans leur pays d'origine.

" Des fois, j'ai un côté dictateur avec mes enfants et je n'aime pas ça. C'est plus fort que moi… et c'est pire au Canada parce qu'il faut tout leur expliquer soi-même… les valeurs, la religion, la culture, la langue. C'est trop exigeant, je passe mes journées à leur montrer des choses. " (participante de Halifax, Nouvelle-Écosse)

Quelques femmes transmettent à leurs enfants les enseignements qu'elles ont reçus de leurs parents, de leur famille étendue et de la communauté.

" Nous leur montrons les choses de la même manière que nous les avons apprises. " (participante de Waterloo, Ontario)

D'autres privilégient davantage l'éducation des enfants que le faisaient leurs propres parents.

" Ma mère a eu six enfants et n'avait pas le temps de rien nous montrer. J'ai juste un enfant et je prends le temps de lui enseigner des choses. "
(participante de Vancouver, Colombie-Britannique)

Certaines mères ont décrit leur difficulté à enseigner à leurs enfants des valeurs différentes de celles qui prédominent au Canada.

" C'est dur de montrer à mes enfants que notre culture est différente. Et je ne sais pas du tout comment régler ce problème. "
(participante d'Edmonton, Alberta)

L'utilisation de ressources de leur pays d'origine faisait partie des stratégies d'enseignement de certaines mères de famille.

" J'ai rapporté des livres de l'Inde et je m'en sers pour instruire mes enfants. "
(participante de Calgary, Alberta)

Beaucoup de femmes ont insisté sur la nécessité d'exposer leurs enfants à la fois aux traditions de leur culture et aux valeurs acceptées dans l'ensemble de la population canadienne.

" Je les éduque de deux façons. Je leur dis qu'à la maison, c'est moi qui leur donne à manger, mais qu'ils doivent se nourrir seuls à l'école. " (participante de Vancouver, Colombie-Britannique)

Elles ont souligné l'importance de transmettre l'ensemble de leurs connaissances et expériences, acquises à la fois dans leur pays d'origine et au Canada.

" Il faut encourager les enfants à prendre leurs responsabilités et leur donner l'exemple. C'est important de leur montrer ce qu'on a appris durant notre enfance et depuis notre arrivée au Canada. "
(participante d'Edmonton, Alberta)

Un couple a même eu recours à la technique d'inversion des rôles pour favoriser l'apprentissage de leurs enfants.

" On leur dit : "OK, nous sommes les élèves et vous êtes les professeurs. Vous êtes capables de faire n'importe quoi et vous connaissez plein de choses. Vous êtes très intelligents. C'est vous les experts. Nous sommes là pour apprendre." (participante de Toronto, Ontario)

Comme en témoigne la technique utilisée par ce couple, les rôles d'enseignant et d'apprenant sont souvent inversés dans la relation parents-enfants. Les parents qui doivent enseigner les traditions d'une culture étrangère à leurs enfants ont du mal à leur inculquer des valeurs qui ne sont pas renforcées par la culture dominante. Et les enfants qui grandissent dans une culture inconnue de leurs parents se retrouvent souvent à enseigner de nouvelles valeurs et coutumes au reste de leur famille. Ces comportements d'attachement universels prennent donc une forme plus complexe dans les familles qui ont vécu la migration et le réétablissement.

 


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